The Flew

Un film de Clifton Childree

2004 - 1h30 - n&b - Etats-Unis

Sortie en salles : 1 février 2008

L’existence profondément monotone de l’apiculteur mécanique d’un stand de foire va prendre un tour aussi surréaliste que cauchemardesque.

Clifton Childree a pris six ans pour faire ce long métrage en 16mm n&b, qu’il a fait pratiquement entièrement seul.

The Flew

À propos du film

“Vous ne verrez pas beaucoup de films comme The Flew. Premièrement, parce que ce type de cinéma, davantage expérimental que narratif, est voué à ne jamais sortir sur les écrans (hors festivals, rétrospectives, ou musées d’art contemporain où il aurait tout à fait sa place). Ensuite, parce que dans le genre, proche des travaux remarquables du Canadien Guy Maddin, l’œuvre de Clifton Childree est irréprochable. L’expérience de The Flew est née des souvenirs que le réalisateur américain possède des moments où, enfant, il était malade, touché par la grippe (« flu » en anglais, que Childree mal orthographiait « flew »). Une grippe qui le faisait délirer, et cauchemarder. L’univers du film mélange ainsi des éléments d’enfance, puisqu’il se déroule dans un parc d’attractions, et des souvenirs plus douloureux qui rappellent la maladie. Les clients du stand de tir (lieu central de l’action), doivent viser et tirer dans un décor qui n’est autre que celui d’une pharmacie. Au milieu de tout ça, un homme mécanique, double du cinéaste, commence par retourner à la vie. Tourné en 16mm et noir et blanc, et quasiment muet, The Flew est une expérience. Une expérience et un défi pour nos sens, à l’affût de ce que chaque image, très sombre, veut bien nous donner comme indice pour construire un semblant de récit, quelque chose à quoi se raccrocher pour ne pas perdre le fil. L’objectif est atteint, car on en ressort lessivé comme après quelques jours de fièvre, mais avec le sentiment d’avoir assisté à un projet unique. Accompagné de deux courts-métrages en guise de bonus, ce DVD est parfait pour découvrir le délirant Clifton Childree.” 

(article paru dans Versus)

Biographie

Né en 1971 dans l’Alabama, et fils d’une ex-nonne qui jouait de la clarinette dans l’orchestre familial composé en outre d’une contrebassine et d’un banjo, Clifton Childree fit ses bagages et déménagea dans le sud de la Floride à l’âge d’un an. Il finit par jouer de la contrebassine lui-même, et se prit d’intérêt pour tout sauf les salles de classe. «La seule fois où j’ai eu envie d’aller à l’école, c’était au CE2, quand j’ai essayé de construire un hélicoptère pour m’y rendre.» C’est à peu près à la même époque qu’il s’exerce au piano mécanique, il crée ses propres rouleaux et enregistre des sons en se cachant de longues heures à l’intérieur, au milieu des cordes et des maillets. Il s’est aussi intéressé au film d’horreur, et notait dans un cahier les effets spéciaux gores qu’il prévoyait d’utiliser. En sixième, il a financé son premier film en super 8, The Red Caped Killer, en tondant des pelouses. Le film a été tourné dans les bois et chez lui, et prend fin, comme tout jeune amateur d’épouvante le souhaiterait, dans une mare de sang qui continue de se répandre tout au long du générique. Il déposa le film chez le développeur local, et découvrit que ce dernier était bossu. L’obsession de Clif pour les films d’horreur classiques l’inspira et causa ici sa perte par la même occasion, puisqu’il ne vit pas le film terminé. Shalonka Man, son film suivant, il avait alors 13 ans, est une parodie du style d’Ultraman, mettant en scène de nombreux personnages inventifs et dont le finale délirant de breakdance est devenu incontournable. Le passage controversé du «Death Cereal» a été censuré par l’assemblée de la «Plantation Middle School», ce qui donne encore plus de popularité au film et achève de le rendre culte. En choisissant les voyages plutôt que l’université, Clif a enseigné le surf et a retapé une maison en Angleterre, il a vécu sur une jetée, puis a commencé à construire ses propres planches de surf, et il a voyagé au Costa Rica pour s’adonner au surf (il aimait beaucoup le surf). Il a fini par revenir en Floride, où il a été engagé par un taxidermiste, et projeta d’ouvrir un café afin que les gens partageant les mêmes idées puissent se réunir sous le même toit.

Le Mudhouse était un endroit consacré au cinéma, au punk, au café, à l’art, et aux gens qui, avant la création de ce lieu, ne sortaient jamais de chez eux. Pour aider les films, Clif ouvrit le Theatre 1225, un local qui projetait des films d’art et essai ainsi que des films d’horreur, ce qui lui permit de se concentrer davantage sur ses propres réalisations. Il s’essaya au film en 16 mm et écrivit une phrase ininterrompue de trois pages qui constitua le scénario d’un projet long de 6 ans qui deviendra The Flew.

Interview

Combien de temps avez-vous travaillé sur ce projet ?
4 années de production, 2 années de post-production. Je travaillais à plein temps pour financer le film et manger, et mis à part l’aide occasionnelle d’un ami, j’ai tout fait tout seul.

Vous vous êtes filmé aussi ? Comment avez-vous réussi à faire une chose pareille ?
Je me servais d’un mannequin comme doublure, je l’installais pour faire les réglages de la caméra et du trépied, pour la scène. J’ai utilisé une vieille caméra non reflex spring driver, (on ne peut pas regarder directement dans la lentille, elle est additionnelle). J’allumais la caméra, je courrais faire la prise et je revenais éteindre la caméra. J’ai aussi fixé le pied de la caméra sur un manche à balai pour qu’elle me suive.

Le film a l’air d’une antiquité, quel matériel avez-vous utilisé ?
Du 16 mm noir et blanc inversible (on récupère une copie positive) et la première année de tournage a été développée par un vieux monsieur dans son garage. Les rayures donnent au film un côté détérioré que j’apprécie beaucoup.

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Des délires récurrents dus à la fièvre étant enfant, d’une énorme boule porteuse d’une maladie qui flottait dans ma chambre et venait me chercher. Quand j’ai demandé à ma mère ce qu’était cette chose et elle m’a dit que j’avais simplement la grippe (the flu), j’ai compris que j’avais «the flew». J’étudiais l’apiculture et je me suis rendu compte que mes ancêtres étaient apiculteur. J’ai fait le rapprochement entre une ruche et ma «boule malade». Je suis aussi un passionné de vieux jeux d’arcade.

Comment avez-vous créé la musique et les sons ?
La musique des grandes orgues est l’enregistrement d’un récital de Sister Mary Pious, (ma mère), d’autres passages viennent d’un piano pneumatique Melodia du 19e, et j’ai également joué de l’orgue à tuyau portatif d’un prêtre. Les sons viennent de diverses antiquités mystérieuses et d’objets ménagers.