les amants electriques

Les Amants électriques

Bill Plympton

23 avril 2014

Etats-Unis - 2013 - 1h17 / animation - image : 1.85 - son : 5.1

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Titre original : Cheatin’

Jake et Ella se rencontrent à la faveur d’un accident d’auto-tamponneuse et s’éprennent follement l’un de l’autre.
Mais c’est sans compter le machiavélisme d’une garce et le démon de la jalousie qui arrive avec elle. Entre envie de meurtres et tromperies en tout genre, jusqu’où la haine mènera-t-elle le couple ?

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La presseInterview de Bill Plympton

Bill Plympton est le parangon du cinéaste indépendant. Avec “Les Amants électriques”, il nous ouvre son cœur. 3 couleurs

Avec ce nouveau long-métrage, Bill Plympton surprend par de nouvelles audaces et rassure par sa capacité à séduire en secouant le spectateur. Première.

C’est à la fois drôle et émouvant, cartoonesque et inquiétant, capable de donner le sentiment que ça part dans tous les sens tout en étant soigneusement maitrisé. Un fois de plus, les fans apprécieront ce beau moment d’inventivité dont cet héritier narquois de Tex Avery nous gratifie généreusement. L’Ecran Fantastique

Le maître de l’animation indépendante américaine Bill Plympton nous revient avec un film d’amour décapant, qui retrouve la frénésie et la beauté stylistique de ses plus grandes œuvres, tout en développant un travail fascinant sur les jeux d’ombres et de perspectives. avoir-alire.com

Les amants électriques nous renverse littéralement par sa mise en scène étourdissante, son humour téméraire et sa photographie divine. L’animateur de génie croque chacune de ses planches avec une inspiration grisante, une exaltation telle qu’on le croirait revenu à ses premiers longs. Bill Plympton place son œil partout, sans contrainte, étire les corps et les lieux, malaxe les distances et sublime les lumières. Les amants électriques est un plaisir rare, l’occasion trop belle de plonger à corps perdu dans le crâne d’un fou, dans les rêveries d’un homme sans brides et en ressortir béat, essoré par tant d’audace et de folie. le passeur critique

Au risque de nous répéter par rapport à notre critique du film précédent du réalisateur, nous sommes toujours aussi amplement subjugués par l’imagination sans bornes de Bill Plympton ! Ses films expriment un sens aigu de la poésie cinématographique, ainsi qu’une liberté de ton et des formes plastiques que l’on ne retrouve hélas nulle part ailleurs dans le genre de l’animation. mulderville.net

Les Amants Electriques est une oeuvre à part dans la carrière de Bill Plympton. Il est trop tôt pour savoir si l’auteur suivra cette voie par la suite. Mais le film n’en demeure pas moins une suite logique des précédents travaux du cinéaste, avec la même folie, le même souffle, le même humour, et n’ayons pas peur de le ire : le même génie. 1kult

Comment vous est venue l’idée du film ?

Il y a environ quinze ans, je vivais avec une fille une relation très passionnelle. Après notre rupture, l’amour intense que nous éprouvions l’un pour l’autre s’est transformé en une haine tout aussi forte. Ce concept romantique me plaît et j’ai voulu l’explorer dans ce film où Ella et Jake s’aiment tant que lorsqu’ils se séparent ils n’ont qu’une envie : s’entretuer. J’ai trouvé que c’était un point de départ amusant. Mais j’aime également l’idée que cette femme est si amoureuse qu’elle cherche un moyen de continuer à faire l’amour avec lui, et qu’elle aille jusqu’à changer de corps. Et cela la rend heureuse, même s’il la trompe alors qu’ils font l’amour ensemble. Et en même temps, elle veut le tuer. Beaucoup de gens continuent à aimer leur ancien amant qu’ils se sont mis à haïr.

Même si on reconnaît tout de suite un dessin de Bill Plympton, chaque long-métrage a une esthétique propre. Avec “Les Amants Électriques”, on est surpris de voir à quel point votre style, une fois de plus, a évolué.

J’ai commencé ma carrière en tant qu’illustrateur, et en 15 ans de travaux pour des revues et des journaux, j’ai développé un style qui me donnait de grandes satisfactions: l’aquarelle avec crayon et encre. Je n’avais jamais eu la possibilité de recréer cette esthétique dans mes films, mais grâce à la technologie numérique, à Desirée Stavracos et Lindsay Woods qui ont travaillé sur ce film, nous avons pu retrouver mon style original en utilisant Photoshop. Ça a vraiment été un moment magique. Mais ça a aussi été un énorme travail, car chaque couche de peinture a dû être recréée numériquement. Il a donc fallu recruter plus d’artistes. Cinq ou six se sont consacrés à cette tâche, et le budget initialement prévu pour le film a ainsi beaucoup augmenté.

En ce qui concerne les dessins, le film est très stylisé. J’y ai beaucoup exagéré l’anatomie humaine. Les cous sont très longs, le corps de Jake est vraiment très musclé, c’était un véritable plaisir de le dessiner. Les vêtements aussi sont très stylisés, Ella porte des robes très romantiques qui ressemblent plus à des robes d’il y a 100 ans qu’à celles d’aujourd’hui. Elle a de grands chapeaux avec ruban posés sur ses longs cheveux. J’aime son côté romantique. C’est la première fois que la star d’un de mes films est une femme. J’ai également dessiné les ombres et les perspectives de manière très exagérée. Je trouve que ça rend le dessin plus intéressant à faire et à regarder.

Combien de temps a duré la fabrication du film, et comment le travail a-t-il progressé ?

J’ai écrit le scénario en 2009, dans lequel se trouvaient les grandes lignes du film. Puis j’ai fait un story-board avec de tout petits dessins, de la taille d’un timbre poste. Il y avait environ 800 dessins. Je l’ai amélioré petit à petit, puis j’ai fait le story-board définitif (232 pages) avec de plus grands dessins, bien plus détaillés. Il y en avait six par page. Le story-board est une étape essentielle et de sa qualité dépend directement celle du film fini, car tant de choses se décident alors : l’histoire bien entendu, mais aussi le montage, la conception des personnages, la façon dont ils sont habillés, les décors, les angles de la caméra, l’éclairage… Il peut aussi y figurer des notes sur la musique ou les effets sonores. Le film final est à 90% ce qu’il y avait dans le story-board, j’ai seulement ajouté quelques blagues. Et j’ai développé le personnage du poisson que j’aime beaucoup.

Puis j’ai commencé l’animation en partant du premier dessin de la première page. Je fais entre vingt et cinquante dessins par plan, chaque plan durant trois ou quatre secondes. Et chaque jour je réalise un ou deux plans. Ces dessins comportent déjà les ombres et chaque détail. Je les donne ensuite à Desirée qui fait le pencil test qui nous permet de nous assurer que le minutage, les positions ou les dessins sont corrects. Après avoir corrigé les défauts éventuels, je reprends chaque dessin, je les frotte avec un chiffon pour avoir une belle demi-teinte, un beau gris. Puis, avec une gomme, je supprime certaines ombres pour faire les reflets de la lumière et que ça ait l’air plus réel. Je redessine au crayon les contours, les ombres, pour que ce soit très sombre et qu’il y ait beaucoup de texture. Chaque dessin est donc le résultat d’un long processus, et il y en a environ 40.000 dans le film. Une fois définitif, Desirée et Lindsay le numérisent. Puis il faut nettoyer les parties autour du dessin, faire le compositing et la mise en couleur. C’est un procédé très lent mais je suis vraiment content du résultat final.

À Slamdance, la semaine dernière, je disais aux gens qu’il y avait beaucoup d’erreurs dans “Les Amants Électriques”, et j’aime les erreurs. Le dessin est parfois un peu bizarre, il n’est pas parfait, les personnages n’ont pas toujours exactement le même visage ou le même corps, mais les erreurs sont pour moi ce qui rend un film personnel. On voit qu’il a été fait par une personne, et non par une machine. Et c’est ce qui me gêne avec les films de Pixar ou de Dreamworks, où tout est parfait. Les lignes sont parfaitement droites, les cercles parfaitement ronds. Tout est net, alors que chez moi il y a beaucoup de désordre, de saleté. Mais ces choses qui clochent contribuent à rendre tout ça plus réel, plus chaleureux. C’est fait par un être humain, par quelqu’un qui est comme le spectateur. On ressent une personnalité, et les gens étaient tellement contents de voir un film comme ça à Slamdance.

La mise en couleur du film a débuté en juin 2012. Cette étape et le compositing ont nécessité une année entière. En décembre 2012, nous avons montré le film à Nicole Renaud, qui a composé la musique. Il y avait alors encore pas mal de scènes en noir et blanc, mais le montage était terminé. Je ne lui ai donné aucune indication sur ce que je voulais, je préférais qu’elle se laisse porter par son imagination. Elle a commencé à nous faire écouter des bouts en avril et a fini son travail fin mai. Est ensuite venu le temps de faire des modifications, de supprimer par endroits la musique, de la rendre par moments plus discrète… Ça a vraiment été un plaisir de collaborer avec elle, elle était toujours d’accord pour tout. Ça fait douze ans que je travaille avec elle ; la première fois c’était pour le court-métrage “Eat”. Ça s’est tellement bien passé qu’on a continué, d’abord avec “Les Mutants de l’espace”, puis “Hair High” et “Des idiots et des anges”. Et à chaque fois, sa musique était une telle réussite que je lui ai demandé de composer toute celle de ce film. Elle est très romantique, c’est d’une certaine façon celle d’Ella, et je trouve que l’alliance des images et de la musique fonctionne très bien. On a également utilisé d’autres morceaux, de vieux morceaux du domaine public, mais qui ont toujours cette tonalité romantique propre à la musique de Nicole.

Une fois arrivé au rough cut, en juin 2012, j’ai commencé à montrer le film afin de recueillir des réactions. C’est quelque chose de très important que je fais à chaque fois et qui me permet de prendre le recul nécessaire. Dans ce cas précis, cela m’a permis d’affiner le travail lié à la musique, ou d’ajouter des plans lorsque l’action était confuse à mauvais escient.

Cinq ans est une longue période. Comment réussissez-vous à financer un tel projet ?

J’ai utilisé Kickstarter pour la première fois, comme je me trouvais dans une situation délicate à cause de cette augmentation imprévue du budget dont je parlais tout à l’heure. Matthew Modine a une société de production et m’a beaucoup aidé à monter cette campagne, avec son associé, Adam Rackoff. Ça a très bien marché, nous avions demandé 75.000 dollars et nous en avons obtenu plus de 100.000. Et nous avons en plus maintenant des gens qui veulent soutenir le film, qui vont dire à leurs amis qu’ils ont aidé ce film de Bill Plympton et qu’il faut qu’ils aillent le voir ensemble quand il sortira en salle. C’est donc à la fois une source importante de financement et de promotion. Une autre chose intéressante est que les gens de Kickstarter ont été surpris qu’il y ait eu tant de donateurs européens. C’est vraiment inhabituel pour eux. Ça m’a fait plaisir de me dire que mon public était dans le monde entier. Des Coréens ont également participé au financement.

Mais au cours de ces cinq années, j’ai également écrit un livre (“Make Toons That Sell Without Selling Out”) dans lequel j’explique ma façon de travailler, le story-board de 300 pages d’une série télé qui s’appelle “Tiffany the Whale”, et que je pense bientôt mettre en route (j’en ferai ensuite un long-métrage quand la série, qui durera trois heures, sera terminée). J’ai fait un vidéo-clip pour Kanye West et un autre pour Weird Al Yankovic, trois scènes d’introduction pour “Les Simpsons”. Et quelques courts-métrages qui ont eu beaucoup de succès, le dernier en date étant “Drunker Than a Skunk”. J’ai également commencé à travailler sur “The Prophet”, un film d’animation adapté du livre de Khalil Gibran, pour lequel je réalise une séquence de trois minutes.
Je dois ajouter que je dessine depuis toujours tous mes films à la main parce que j’aime la sensation du crayon sur le papier et les erreurs que cela crée. Et les dessins ont beaucoup de valeur une fois le film fini. Je peux les vendre et ils me procurent une bonne partie de mes revenus. Avec l’animation par ordinateur, ce serait la fin. Je n’ai aucune subvention du gouvernement, d’argent des studios ou de mécènes. Le merchandising est essentiel pour garder le studio en activité : je vends ainsi des dessins originaux, mais aussi des affiches, des DVD, des CD des bandes originales, et même des t-shirts.

Depuis “Hair High”, vous utilisez internet au cours de la fabrication de vos longs-métrages. Une webcam vous filmait en temps réel en train de dessiner. Pour “Les Amants Électriques”, vous avez fait de nombreuses vidéos, des sortes de making-of.

On me pose si souvent des questions techniques que j’ai décidé de faire intervenir tous ceux qui travaillaient sur le film pour expliquer leur partie. Les grands studios surveillent de près leurs artistes et n’aiment pas partager leurs secrets de fabrication. Mais je pense que c’est important que les gens sachent comment tout ça fonctionne pour les encourager à faire eux-mêmes un film. J’adore l’animation, c’est ma forme d’art préférée et je souhaite qu’elle soit largement reconnue, notamment lorsqu’il s’agit de films faits par des indépendants. Je n’ai pas l’impression d’être en compétition avec les autres et je serais très heureux que quiconque connaisse le succès.

Il y a beaucoup de gens, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, qui font actuellement des longs-métrages d’animation chez eux grâce à la technologie numérique. Rien qu’à New York, je connais cinq personnes en train d’en faire un. C’est très stimulant de voir qu’une explosion se prépare, et j’espère que j’ai pu contribuer à montrer aux gens qu’une personne peut, avec quelques amis, faire un long-métrage d’animation. J’ai dans l’idée d’écrire un livre sur ce phénomène. Les films ne sont plus dépendants d’une sortie en salle, ils peuvent être vus grâce au DVD ou internet, qui sont des sources de revenus importantes pour un cinéaste.

Les gens adorent l’animation, et aux Etats-Unis cette année il y a eu quatre films d’animation parmi les plus gros succès du box-office. “Les Amants Électriques” est demandé dans de nombreux festivals, surtout dans les festivals d’animation, mais également dans les festivals généralistes. Il a déjà remporté deux prix. Mais les grands festivals comme Toronto, Telluride, Venise… ne considèrent pas l’animation comme une forme d’art pour le long-métrage et je ressens cette façon d’ignorer le cinéma d’animation de façon très agressive. C’est la raison pour laquelle il est important que je me batte ici pour que ce cinéma, et notamment quand il n’est pas destiné aux enfants, soit accepté plus largement. Il y avait plus de 200 films à Sundance cette année, et aucun long-métrage d’animation. À Slamdance, où “Les Amants Électriques” a été montré en ouverture, c’était le seul parmi les 80 films présentés. Je ne comprends pas pourquoi ils aiment si peu le cinéma d’animation, c’est quelque chose de très mystérieux pour moi. Ma théorie est qu’il leur faut des stars, avoir les cinéastes, les chefs opérateurs, les scénaristes… à leur festival. Pour eux, le cinéma d’animation n’est pas une forme de cinéma indépendant valable.

L’importance du scénario, de l’histoire, nous semble être devenue une considération trop obsessionnelle qui nuit souvent à la qualité proprement cinématographique des films.

On me dit en effet parfois que la musique est formidable, ainsi que les dessins, l’animation… mais que l’histoire gagnerait à être plus forte. Ce que je ne comprends pas, c’est que ce n’est pas l’histoire qui fait un bon film. Il y a plein de films où l’histoire n’a aucun intérêt. Que vous preniez les Marx Brothers ou W.C. Fields, un film comme “Yellow Submarine”… Comment critiquer ces films sous prétexte que l’histoire n’est pas assez forte ? Les comédies n’en ont pas besoin. Ce que je veux, c’est faire rire les gens, qu’ils aiment les personnages et l’animation. Et pour que l’humour soit réussi, il faut de la folie, de l’anarchie. Pensez également aux Monty Python. Leurs histoires n’ont pas vraiment d’intérêt, mais leurs films sont extraordinaires.