Hey, Happy !

Un film de Noam Gonick

Canada, 2001, Couleur, 100 min.

Sortie en salles : 19 décembre 2001

Vivant dans un environnement industriel désolé, les habitants de Winnipeg sont tous figés dans un état combiné de terreur et d’ennui, attendant le flot qui balayerait toute vie.

Film interdit en salle aux moins de 16 ans.

Hey happy!

A propos du film

Pour la plupart, la tension causée par l’attente de la destruction est trop forte quand on a d’autres préoccupations plus importantes. Pour Sabu, DJ sensuel, qui prépare une immense rave sur Garbage Hill, cela consiste en la réalisation de sa quête de coucher avec 2000 hommes avant la crue annuelle de la Red River. Sa dernière conquête est Happy, charmant et gentiment idiot, ufologiste à ses heures et qui reçoit sur son poste radio des messages d’extra-terrestres qui lui promettent de se manifester un jour sur terre sous les traits de l’enfant de son amour…

Malheureusement pour Sabu, Spanky, coiffeur malveillant, autoproclamé ‘la plus grosse salope sur terre’, se révèle un rival de taille, soumettant l’infortuné Happy à sa domination. Vaudou, extra-terrestres et amour se retrouvent ainsi mêlés, réalisant finalement les rêves poursuivis sans relâche par nos héros.

Noam Gonick crée un monde captivant et excentrique emprunt de romance et de magie dans ce film surprenant. Se passant dans un Winnipeg imaginaire, ‘Hey, Happy!’ est un conte contemporain homosexuel où de beaux princes se cherchent au milieu d’un monde de fées, de sorcières et de trolls.

HEY, HAPPY! propose une vision optimiste de l’apocalypse. Noam Gonick dit que dix millions de fondamentalistes religieux ne peuvent avoir tort: ‘il doit bien y avoir une relation entre ‘la fin des temps’ biblique et les homosexuels.

La notion ancienne de libertinage sexuel et le potentiel créatif de la sexualité entre hommes sont des idées qu’affectionnent Noam Gonick.

Interview de Noam Gonick

‘Hey, Happy!’ est un projet qui s’est étalé sur des années, au début c’était une idée de film d’école en super 8 qui a été abandonné, pour réapparaître sous une nouvelle forme au cours des trois dernières années. De grandes choses sont maintenant en train de se passer depuis Le Festival de Sundance: de l’argent de Telefilm Canada, une distribution nationale et une sortie imminente en France.

Et Winnipeg ?
C’est une ville des Prairies qui est renommée pour son excitante scène artistique et ses réalisateurs mondialement reconnus, dont Guy Maddin est la figure de proue. Winnipeg est ma muse. J’ai essayé de créer cette mythologie autour de Winnipeg, mais c’est aussi basé sur la réalité. Une grande partie de ce qui se passe dans ‘Hey, Happy!’ est un mardi soir habituel à Winnipeg, plein de cinglés exentriques.

Pourquoi ne pas pas avoir choisi une ville plus importante telle que Toronto ou Vancouver?
“Dans de telles villes, vous êtes trop tenus économiquement. A Winnipeg, vous pouvez vraiment vous laisser aller très loin” citant au passage Clayton Godson (Spanky) qui est tel quel dans la vie.

C’est vraiment un lieu privilégié pour les réalisateurs. Beaucoup vient de Guy Maddin qui a vraiment donné le ton pour les gens qui travaillent ici. La scène de Winnipeg n’est pas vraiment prête à se tourner vers des structures dramatiques et narratives plus courantes, c’est certain.

Alors que la plus grande partie du cinéma canadien est assez ascétique dans son ton, votre film est clairement à propos du plaisir.
On bouscule un peu cette habitude, n’est-ce-pas? J’ai essayé de faire un film qui fasse se sentir bien, à tout point de vue. J’ai voulu vous retourner, vous rendre heureux, triste, et vous faire vomir.

Plongé dans la culture rave, ‘Hey, Happy!’ va en mettre certains mal à l’aise par l’attention portée à la sexualité.
Les gens “straight”, bien dans le moule, ne veulent voir que le côté acceptable et agréable d’être gay. Ils ne veulent pas voir l’essence même du “terrible danger” d’être gay, tout ce plaisir non retenu. Même certains homosexuels ne veulent pas d’un personnage comme Spanky, ce côté astro-camp des années 70. J’ai essayé de pousser l’identité gay plus loin avec Sabu et ses 2000 mecs.

Je ne veux pas parler de “film gay” pour ‘Hey, Happy!’, ce film est plus sur comment être à vingt ans de nos jours. C’est un amalgame de ma jeunesse. Il s’adresse à des individus qui ne croient plus en être gay ou “straight”. C’est juste un film pro-sexe, centré sur ce personnage de libertin sans limite. Ce qui terrorise les anti-gays, c’est la notion de plaisir. Il s’agit d’une quête sainte pour Sabu, comme il le dit, il se sent plus fort. Je suis même contrarié par sa douceur. Une sorte d’hybride entre astro-camp et douce romance.

Je veux juste emmener les gens là où ils n’ont jamais été.

La genèse du film

HEY,HAPPY! Chronologie
1990
A 19 ans, Noam Gonick conçoit ‘Fuckfest 2000’ un film sur Dean Le Sex Machine, sorte de super-héro qui couche avec 2000 garçons. Gonick pense à auto-produire le film en super 8. Quoiqu’il en soit, il visite New-York pour ses 20 ans, la semaine précédant le début de la production, et prend tellement de drogues qu’il balance le scénario sur le chemin du retour. Le tournage qui en découle est une catastrophe, renvoyant le jeune réalisateur à six mois de questionnement psychiatrique.

1997
Après un court métrage et un documentaire réalisés avec succès, Gonick reprend le projet avec Laura Michalchyshyn comme productrice. Il part écrire au Centre pour les Arts de Banff, d’où il est renvoyé après deux semaines pour attentat à la pudeur. Au cours d’un festival de films organisé à l’arraché entre Olympia, Washington et New-York, il boucle les grandes lignes de l’histoire.

1998
Les payeurs du gouvernement demandent le changement du titre en échange de l’argent du contribuable. Gonick part écrire dans un village sur les bords du Lac Winnipeg appelant quotidiennement Laura pour les changements du scénario. Il cherche son inspiration en s’étendant dans les eaux préhistoriques du Lac Winnipeg. David McIntosh intervient comme consultant à l’écriture. Tous les deux passent l’année suivante à structurer l’histoire. Le scénario final de ‘Hey, Happy !’ est écrit sur l’île grecque de Mikonos, choisie pour sa proximité avec Patmos, où Paul écrivit ‘Le Livre des Révélations’.

1999
Laura Michalchyshyn prépare le tournage du film en Cinémascope pour l’automne. Un casting ouvert amène Jérémie Yuen (Sabu), qui rejoint le reste des acteurs au cours des répétitions. Le dix-septième jour de tournage inclut une rave de trois jours en extérieur sur Garbage Hill, seul point élevé de Winnipeg.

2000
Nouvel an, le monteur Bruce Little commence la digitalisation du matériel embarquant ‘Hey, Happy!’ pour une année de post-production. Le film est accepté au Festival de Toronto mais doit décliner l’invitation pour des problèmes de post-production. Les programmateurs de Sundance se font remettre une version non définitive du film pendant le Festival de Toronto.

2001
Première mondiale du film à Sundance.