Swandown d'Andrew Kötting

Swandown

Andrew Kötting

4 décembre 2013

Angleterre - 2012 - 1h34 - documentaire

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Swandown relate l’équipée humoristique de deux Anglais parcourant pendant 4 semaines plus de 230 km sur un pédalo en forme de cygne. En route, ils font la connaissance de riverains du canal et prêtent une oreille attentive aux échos ambiants de la culture historique, littéraire et politique britannique.

avec Andrew Kötting et Iain Sinclair.
SÉLECTION ACID – CANNES 2013

Notes sur le filmLa presseTitle 2
Durant quatre semaines, en septembre et octobre 2011, Andrew Kötting et Iain Sinclair ont pédalé sur plus de 230 km. Ils ont bu 84 litres d’eau, 2 bouteilles de whisky, 4 de vin et 24 canettes de bière, ont utilisé 8 pai- res de lunettes de soleil, un costume sur mesure, une paire de chaussu- res de marche et un camping-car. Andrew Kötting portait chaque jour les mêmes vêtements alors que Iain Sinclair se changeait régulièrement.

Swandown relate le périple de deux hommes – le cinéaste/artiste Andrew Kötting et l’écrivain/romancier/psychogéographe Iain Sinclair – entreprenant de naviguer de la côte sud de l’Angleterre jusqu’à Londres. Au départ d’une fête foraine à Hastings, les deux hommes dérivent en mer, sur le fleuve et le canal en direction d’Hackney, à l’est de Londres, poussés par une vision, une détermination et l’envie d’entreprendre un important travail physique, sur les ailes d’Edith, un pédalo en forme de cygne. En route, ils font la connaissance de riverains du canal et prêtent une oreille attentive aux échos ambiants de la culture britannique (histo- rique, littéraire, politique) en se branchant – tels des « radios de chair » comme le dit Sinclair – pour capter l’inconscient culturel, entendre les voix secrètes de l’Angleterre d’aujourd’hui et d’hier.

Le film raconte l’équipée humoristique de deux Anglais bohèmes en vadrouille sur les routes fluviales secondaires d’un arrière-pays oublié – qui les mènera aux confins du site bien gardé des J.O. de 2012. Swandown est une performance dadaïste doublée d’une exploration cul- turelle, une réponse artistique exubérante à l’esprit corporatif qui règne dans la ville de Londres à l’occasion de cette année olympique. Véritables athlètes du son, du verbe et de l’image, Kötting et Sinclair ren- dent hommage à l’esprit olympique de la diversité et de l’ambition tel qu’aucun comité officiel ne l’aurait l’envisagé.

S’ils font au fil de leur voyage la connaissance de touristes, de riverains, d’exclus et de refuzniks, ils délaissent également par moments leur pédalage afin d’inviter commentateurs, experts, artistes et autres personnalités à commenter des sujets que le voyage leur inspire – ou, tout simplement, à pédaler en leur compagnie. Parmi eux : l’artiste Marcia Farquahar, le comédien et chroniqueur Stewart Lee, le sage scénariste de bande dessinée Alan Moore, l’acteur Dudley Sutton, le neuroscientifique Mark Lythgoe, et le musicien et compositeur Jem Finer, membre fondateur des Pogues.

Swandown est, d’une certaine manière, la continuation de Gallivant, le premier long-métrage documentaire d’Andrew Kötting récemment classé en 49e position des Meilleurs Films Britanniques de tous les temps dans un sondage Time Out. Le réalisateur y poursuit son ambi- tion de redéfinir le ‘film documentaire’. L’idée était de voyager avec sa fille Eden (la petite fille de Gallivant, aujourd’hui jeune femme de 23 ans), mais cette fois-ci en compagnie de l’écrivain et psychogéographe Iain Sinclair (www.iainsinclair.org.uk).

Il y a quelques années, Andrew Kötting a réalisé un court-métrage inti- tulé Offshore sur la traversée de la Manche à la nage. Il était notam- ment accompagné par Iain Sinclair qui peu de temps après lui suggéra de nager dans le quartier londonien de Hackney pour un livre qu’il était en train d’écrire. Il avait envie qu’Andrew Kötting se laisse tenter par les eaux épaisses de la rivière Lea et son réseau labyrinthique de canaux, et de le voir se hisser hors de l’eau saumâtre, trempé jusqu’aux os, pour traverser quelques rues affluentes avant de replonger dans la Rivière New à Islington. Le côté insensé de la proposition a beaucoup intéressé Andrew Kötting, qui pensait cependant qu’on pouvait trouver mieux. Il a alors suggéré qu’ils empruntent tous les deux un des pédalos en forme de cygne du petit parc d’attractions d’Hastings, la ville où vit Andrew Kötting et où Iain Sinclair a une résidence secondaire, pour pédaler jusqu’à Londres. L’impossible est toujours un bon point de départ.

Iain Sinclair étant extrêmement enthousiaste, ils ont commencé à tisser une intrigue. Pour préparer le film, Kötting a arpenté tout le chemin du voyage à pied, accompagné parfois de Iain Sinclair, et d’autres fois de ses étudiants, mais à chaque fois avec un petit cygne en plastique sous le bras. Celui-ci agissait comme un aimant pour attirer la curiosité et l’in- térêt des passants pour le voyage qu’ils feraient plus tard. L’idée de voir arriver un pédalo en forme de cygne leur semblait à la fois captivante et ridicule.

Andrew Kötting : « Les cygnes sont des bêtes ridicules. Un pédalo aussi, c’est ridicule. Et deux types assis dans un pédalo, c’est plutôt absurde. Ça m’évoque The Goon Show ou Dada. Pour moi, c’est vraiment important. Personne ne vous prend au sérieux quand vous êtes à bord d’un cygne géant. Alors qu’on voguait sur le fleuve, Iain faisait la liste de toutes les réfé-

rences littéraires, historiques, mythologiques ou tout ce qui représentait selon lui des « résonateurs morphiques ». Au fil du voyage, nous nous sommes baptisés « pédalotiers », puis « pédalophiles », mais avons finalement opté pour « gondoliers de cygne ».

Sur papier, beaucoup de gens pouvaient penser qu’il s’agissait de pénétrer dans le site olympique et d’en faire un acte politique. Mais pédaler sur un cygne inconfortable en plastique, sur les voies naviga- bles du Kent, en passant par l’estuaire de la Tamise jusqu’à Hackney, est avant tout une façon efficace de se reconnecter à la réalité. Si cela s’est également transformé en test d’endurance et en marathon, l’épo- pée est restée avant tout un geste Dada dévergondé très proche de l’esprit des ‘Situationnistes’.

Au moment d’entrer sur le site olympique, Iain Sinclair n’était plus là, il était parti pour Boston, et j’avoue que le reste du voyage fut assez émouvant. Après trois semaines passées au contact de cet esprit incroyable, il était devenu tellement plus taquin et moins moralisateur que je ne l’avais imaginé… Iain est un compagnon de voyage merveil- leux. C’est une force de la nature. Il se dépasse et repousse les limites. Il est lui-même, et ça lui donne une puissante énergie cérébrale. Moi, en comparaison, je fais office de bouffon. Comme Benny Hill comparé à William Blake, Stan et Ollie, Estragon et Vladimir. Le film prend une autre teinte, après son départ. Il devient plus mélancolique, onirique et

hallucinatoire. Nous disparaissons dans une semi-conscience du XXIe siècle. Iain Sinclair est une radio de chair. On se branche à lui et on capte des choses. Avec Swandown, je voulais montrer le côté plus humain d’Iain. Je souhaitais que les gens restent à l’écoute.

Nous avions réalisé des performances auparavant et je savais qu’il appréciait mes pitreries. Il se tient sur un piédestal, sans aucun doute. C’est un homme remarquable et, à mon avis, l’un des écrivains les plus intéressants que notre île ait jamais produits. Mais c’est plus fort que moi. J’ai besoin de le bousculer. Il faut que je lui coupe l’herbe sous le pied. J’adore faire de nouvelles rencontres, mais Iain déteste ça. Ce genre de contact l’effraie réellement. Les expériences que nous avons faites ensemble le poussent à cueillir, pontifier, fabuler et créer. Moi, je suis l’auteur d’une performance. Je fais ce qui me plaît.

J’ai remarqué quelque chose, lors du montage : les gens en pédalo qui venaient nous rejoindre nous détournaient bien souvent de la relation qui naissait entre nous. Il y a une proximité. C’est palpable. On voit par- faitement que ces deux bonshommes s’apprécient mutuellement. En ce sens, Swandown est une espèce d’étrange histoire d’amour. »

Kötting et Sinclair ont mûri le projet pendant 18 mois, réalisé plusieurs installations, des cartes, des livres, des images, des performances et un site internet. Ils voulaient tourner le film avant les Jeux Olympiques pour

qu’il sorte en salles en Angleterre en juillet 2011. Et même s’ils n’ont pas réussi à réunir le financement initialement prévu avant la date de tour- nage prévue, ils ont décidé de débuter leur traversée, quitte à rebrous- ser chemin à Rye ou à dériver dans la Manche. Le film serait simplement devenu un autre film. L’échec, de toutes les façons, était aussi intéres- sant que la réussite.

« On ignorait tout de ce qui allait se passer. Le ‘potentiel poétique’ du hasard et du quotidien est essentiel. L’authentique est corrompu en per- manence, et ‘d’autres façons de raconter’ font invariablement surface. »

Chacun avait une vision complémentaire mais distincte du Voyage du Cygne. Pour Kötting, ce film, c’était le voyage, et certains accommode- ments étaient nécessaires et acceptables (le cygne pourrait par exemple être transporté par camion quand il faudrait contourner Ashford). Il ne s’agit pas de tout prendre à la lettre. La position de Sinclair est chamani- que : l’exorcisme ne fonctionne que si le cygne est réellement pédalé ou tiré sur chaque centimètre du parcours. Il est un fondamentaliste de la difficulté (surtout quand ce n’est pas lui qui pédale). Kötting, le réalisa- teur-pédaleur de cygne, forge un récit plein d’énergie (avec des interrup- tions, des détours, des blagues, des monologues) et Sinclair (drama- turge auto-désigné) dirige un voyage au fil de ses pensées, rempli à la fois d’anecdotes, d’histoires locales et d’intrigues liées aux territoires tra- versés par le cygne. Sa voix caresse la bande son. Il est à la fois maître de cérémonie totalement fou, confident et autorité.

Andrew Kötting s’était frotté aux lourdeurs de l’industrie cinématographi- que en 2009 pour son deuxième film de fiction, Ivul. Il y a plus de vigueur et moins de rigueur dans Swandown. Stewart Lee, l’un des passagers du pédalo, parle de création par la déconstruction, et c’est justement ce dont il s’agit. Des tonnes d’images ont été tournées, certaines se sont retrouvées dans le montage, puis ils ont dit à tout le monde que le résul- tat obtenu était conforme à ce qu’ils avaient en tête. Kötting a également passé beaucoup de temps aux Archives de Brighton pour visionner des films sur l’East Sussex, le Kent et la Tamise. Il y a trouvé du matériel qui renvoie au paysage qu’ils devaient traverser pour donner naissance à d’autres récits. C’est un matériel précieux, qui agit comme une aide à la mémoire et un centre pour de nombreux thèmes explorés dans le film.

La relation entre la fiction et le documentaire a toujours été au centre de son travail. Un désir puissant le pousse à explorer ces deux disciplines

qui influent l’une sur l’autre à la manière des vases communicants. Il ‘sculpte’ le son et l’image au cours du montage dans une tentative de construire des vérités peu fiables et des récits documentaires émouvants. Tout comme dans les films de Werner Herzog (qu’on entend à plusieurs reprises raconter le tournage de Fitzcarraldo), Andrew Kötting fabrique des réalités inventées et des fantasmes documentés.

« Quand je monte un film, je suis toujours à la recherche de ces points de montage. Des cassures, des interruptions. Finalement, un rythme appa- raît et ça explose dans tous les sens, c’est du bricolage. Dans ce chaos, cette cacophonie d’images et de sons, les choses se mettent en place. Je réalise mes films comme on mixe un reggae dub. Il faut d’abord placer la basse pour que les gens se laissent emporter par le rythme. C’est exac- tement ça. Mais c’est aussi un opéra, dont Iain fournit le livret.

C’est Jem Finer, artiste et membre-fondateur des Pogues, avec qui je tra- vaille régulièrement, qui a composé la musique du film. Son studio se trouve à l’embouchure de la rivière Lea, sur le quai Trinity Buoy. Il a apporté une rigueur musicale et intellectuelle à tout ce que nous avons réalisé ensemble. Il a le don, rare, d’associer la technologie aux instru- ments plus traditionnels. Pour voir son travail au banjo : http://www.pogues.com/PastPogues/JFiner/JFiner.html, et son projet Longplayer : www.longplayer.org »

J’aurais voulu être avec eux tout le temps, j’aurais voulu, moi aussi, appeler le pédalo par son petit nom, Edith, et entendre toutes les histoires. Ce film a la forme d’une utopie qui gratte. Chanceux ceux qui le verront.
France Culture – Pas la peine de crier !

Burlesque, décalée et œcuménique, cette odyssée en pédalo se fait métaphysique et culturelle. Et c’est de loin le projet le plus original qu’il nous a été donné de voir parmi les nombreux films se déroulant au fil de l’eau cette année.
Le Monde

Si le sens du non-sens est une des définitions de l’humour, Swandown est à hurler de joie. Cette fantaisie n’est pas qu’une loufoquerie. Elle dit aussi bien des choses émouvantes sur la camaraderie.
Libération

Andrew Kötting revient à ce qui lui a le mieux réussi: le documentaire. Un type de documentaire très particulier, qui tient à la fois de l’essai poétique et du voyage picaresque.
Les Inrockuptibles

Comment prendre son temps en pédalo et en découvrant des choses étranges et en parlant réellement de ce qu’est l’Angleterre. C’est assez formidable.
France Culture – La Dispute

Une étude des liens entre un arrière-pays oublié – ses forêts, ses châteaux, ses canaux – et la mentalité des individus qui la peuplent – à savoir les riverains que nos deux guides rencontrent lors de quelques scènes humoristiques.
Time Out Paris (film de la semaine)

Ce film délirant et profond de l’excentrique Anglais Andrew Kötting est une croisade contre le monde actuel, à contre-courant des idées toutes faites. Un autre monde ancien est encore possible, au bord de l’eau, dans la résistance chaleureuse de vagabonds et de pêcheurs.
Le Canard enchaîné

Pour excentrique qu’il soit, Swandown parvient rapidement à nous faire entrer dans son rythme. Le film lui-même est, en quelque sorte, performatif: en épousant l’itinéraire des navigateurs, nous en ressentons la durée et sommes amenés à percevoir, nous aussi, les sourdes vibrations d’une société à travers ses lieux.
Critikat

Un imbroglio de références littéraires, historiques, ethnologiques sur fond d’absurdité, assumé comme une « geste » dadaïste. Le montage n’est pas sans rappeler le cadavre exquis ou le « cut-up » de William Burroughs, consistant à assembler des mots, des phrases, sans liens, au hasard, non moins évocateurs. L’ensemble n’en reste pas moins cohérents dans sa démarche ; beau, mais exigeant, en s’adaptant à une temporalité et une narration peu commune.
CultureBox

Un documentaire aux ambitions franchement humoristiques qui nous permet également d’appréhender des échos de la culture historique, littéraire et politique britannique !
L’Officiel des spectacles

Une divagation littéraire et poétique qui émeut tant elle semble relever de l’absurde. Quatre semaines et 230 km sur un Pédalo, ce n’est pas une aventure donnée à tout le monde.
L’Humanité

Avec des moyens limités et un côté parfois (volontairement) foutraque, Swandown offre des images magnifiques – Kötting possède un sacré sens du cadre –, entre Jonas Mekas et Gus Van Sant, qu’on imagine à merveille accompagnées des mélodies de Vaughan Williams (compositeur britannique qui s’est intéressé de près à la musique folklorique et fervent défenseur d’une société démocratique et égalitaire).
Il était une fois le cinéma

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