Guy Maddin waiting for twilight

Guy Maddin: En attendant le crépuscule

Noam Gonick

07 septembre 1997

Guy Maddin: Waiting for Twilight - Canada - 1997 - 60 min. Narration de Tom Waits.

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Alors âgé de 39 ans, Guy Maddin, le dernier survivant d’une lignée de réalisateurs surréalistes qui remonte à Dali et Cocteau, et qui compte parmi ses admirateurs Martin Scorsese, Tom Waits ou Leni Riefenstahl, s’embarque dans son quatrième long métrage: Le Crépuscule des nymphes de glace.

À propos du filmLa presseGuy Maddin parle de ses films
Ce documentaire est tourné à un moment important de sa carrière, alors qu’il peut enfin mettre en scène un nouveau film, quatre années après la fin tragique de son projet The Dykemaster’s Daughter.

C’est dans son style d’auto-désapprobation masochiste qui inspire l’affection que Guy Maddin, tout en se demandant si ce film sera son dernier, raconte des histoires sur sa vie: celles du petit garçon qui lavait sous la douche les membres de l’équipe de hockey du Canada, et qui a grandi dans le salon de beauté islandais de sa mère. Tout en regardant le tournage de son film se dérouler péniblement, il revient sur ses autres films.

Narré par Tom Waits, le film laisse également la parole à des proches de Guy Maddin: son co-scénariste George Toles, son producteur Greg Klymkiw, les actrices Shelley Duvall, Alice Krige et Pascale Bussière, les réalisateurs John Paizs et Paul Cox et le critique Geoff Pevere.

Libération: Des pataquès de folies et d’extases, d’hallucinations et de rires, d’où surgit soudain une bricole: la poésie. Du grand art.

Le Monde: Rappelant à la fois le cinéma muet, certaines images de l’expressionnisme allemand, Le Chien Andalou de Bunuel, et Eraserhead, de David Lynch, les films de Guy Maddin tranchent sur l’ordinaire du cinéma. D’une force visuelle étonnante.

Le 81/2 d’Arte: Entre rêve et hallucination, Guy Maddin installe sa caméra, gardant pour chaque chose un oeil ouvert sur la beauté. Le conte au pays merveilleux des images ou le regard naïf d’un gamin de quarante ans sur le monde.

Le Journal du Cinéma de Canal Plus: Un cinéma qui ne ressemble à aucun autre, mélange de fantaisie surréaliste, de poésie macabre et de rêveries esthétiques. Des délires indescriptibles nés de l’imagination tordue d’un cinéaste vraiment à part.

Le Panorama de France Culture: Des images frappantes. On pense aux moments les plus violemment décapants de Bunuel et à sa période la plus proche du surréalisme. Des films ludiques dans lesquels Guy Maddin revisite le cinéma. A voir absolument.

Les Inrockuptibles: Guy Maddin signe des films aussi drôles qu’un comic de Glen Baxter, mais aussi mélancoliques que la Recherche de Proust, ésotériques comme les premiers Kenneth Anger ou Jean Cocteau, mais accessibles comme les peintures des primitifs flamands ou italiens.

Les Cahiers du Cinéma: Tales From The Gimli Hospital laisse le souvenir d’une vraie splendeur. D’emblée Guy Maddin dynamite son récit, enchaîne des images cauchemardesques, prélude à un manifeste esthétique sans équivalent dans le cinéma contemporain. Archangel ressemble à un flot d’images hallucinées, dans lequel la voix douce des acteurs portent une oeuvre mélancolique et fascinante vers les sommets. Careful est un objet dérisoire et inutile, fabriqué avec une telle minutie, une telle passion, et aussi une telle irrationalité, qu’il finit par susciter un émerveillement qu’on éprouve rarement devant les chefs-d’oeuvre irréfutables.

Technikart: Von Sternberg se bâfre d’acide et Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, se prend pour une réincarnation d’Abel Gance. Un univers désaxé meurtri de fulgurances poétiques.

Ciné-Live: Des films lyriquement proches d’Eisenstein, de Murnau ou, plus contemporain, du Eraserhead de Lynch, intemporels et plastiquement splendides, qui se savourent dans une sorte d’hypnose bienvenue. Car Guy Maddin n’est pas seulement un poète et un fou, c’est aussi un visionnaire.

Le Canard Enchaîné: Aussi finement gravés et décalés qu’un catalogue de bidets des années 30. Une atmosphère kitsch, parodique, onirique, par un héritier canadien de Lautréamont.

‘Quand un peintre commence un tableau, il peut utiliser son pinceau comme il en a envie; il peut même lancer la peinture de ses mains. Quand un poète prend sa plume, il peut utiliser n’importe quel mot du langage, et même en inventer un nouveau. Mais: quand un cinéaste fait une bande sonore, il a plutôt intérêt à ce qu’elle soit de même nature que celle des autres films, ou sinon! Pourquoi n’y a-t-il qu’une sorte de son au cinéma – le ‘son réaliste’, et pourquoi tout ce qui s’en éloigne est-il considéré comme un ‘mauvais son’? Pourquoi le son ne peut-il pas être découpé etassemblé comme un beau collage? Pourquoi les sons doivent-ils obéir à la loi de la perspective? J’aime bien quand le dialogue n’est pas tout à fait en synchronisation avec le mouvement des lèvres. Cela me rappelle les coups de crayons d’un enfant qui débordent des lignes dans un livre de coloriage.’

‘Vous pouvez attendre des semaines un superbe coucher de soleil, mais vous pouvez aussi le peindre en une journée, et les matières artificielles sont tellement plus photogéniques. Nous avons dessiné un plan, plaçant chaque décor (vingt-sept en tout) comme les pièces d’un puzzle, afin qu’ils puissent tous tenir. Très confortable. J’ai cadré de telle façon que chaque décor ait l’air étriqué, avec des ombres stylisées (l’ombre est l’accessoire le meilleur marché). La plupart des accessoires et décors ont été faits chez moi, avec Jeff Solylo et Denis Smith. Comme pour mon précédent film, je devais plutôt compter sur des astuces que sur l’argent. Et sur le hasard. Par exemple, le laboratoire a accidentellement taché d’eau un bout du négatif. Ils se sont confondus en excuses, et ne voulaient pas me facturer le travail, mais je leur ai dit de quand même le tirer. À chaque fois que des gens me disent qu’ils ont tout gâché, je deviens très excité. C’est presque toujours la meilleure matière. De même, une partie du film est accéléré. C’est un autre accident heureux. J’utilisais ma Bolex 16mm, et comme le ressort était cassé, elle se mettait parfois sur la vitesse lente.’

‘La pression du public va vers un réalisme banal dans l’image et le son des films; il y a une demande importante pour que les films soient à l’image de la vraie vie. Mais nous vivons la vraie vie. Quand on lit un livre, on a envie d’être emporté dans un monde merveilleux, et quelques-unes des plus marquantes histoires qu’on nous ait jamais racontées, sont celles qu’on a entendu enfant avant de s’endormir… Pourquoi ne pourrions-nous pas exercer cette tradition de l’enfance dans des formes adultes et libérer ces sentiments que les enfants ressentent. C’est ma devise pour tous les films que je veux faire. Les petites villes américaines ne m’intéressent pas. Tout le monde s’est déjà suffisamment moqué de la pauvre vieille banlieue, et ce n’est vraiment plus drôle. Les enfants du baby-boom ne font que rire de ce dont ils ont déjà ri, et ça devient vraiment fatigant. Je préfère ce qui est un peu plus intemporel. Chacun regarde derrière soi pour faire des films identiques aux autres. On est aujourd’hui dans une situation où tout est standardisé, soyons francs. Tout le monde fait la même chose, sauf que ça change d’année en année. Il y a une lente évolution technique mais aucune évolution esthétique.’

‘Mes écrivains préférés sont des écrivains du 19ème siècle qui ont été traduits. Des gens comme Huysmans, Ibsen, Maeterlinck; ou d’obscurs novellistes allemands qui ont été traduits au tournant du siècle. Ainsi, une bonne partie des dialogues du film a cette tonalité, la tonalité d’une pièce scandinave de cette époque. Même si les dialogues ont été écrits en anglais, on dirait qu’ils ont été traduits. D’ailleurs, nous avons demandé à de vieux poètes de traduire certaines répliques en islandais, puis quelqu’un d’autre les a retraduites en anglais. Ainsi, il y a une touche 19ème siècle ampoulée et théâtrale dans ces répliques, mais authentique aussi, puisqu’elles ont été traduites par des nonagénaires. Certains noms ont une curieuse résonance allemande, slave, scandinave ou islandaise mais ils ne sont pas toujours aussi exotiques qu’ils peuvent paraître. Ainsi, les noms de montagnes, Mitterwald Tongue par exemple, sont tirés de ceux des joueurs de l’équipe des Minnesota Twins de 1969.’