LA PRESSE

INTERVIEW DE GUY MADDIN

LE PERE DANS LES FILMS DE MADDIN

 

 

« Ulysse, souviens-toi ! »
Guy MADDIN

SORTIE EN SALLES LE 22 FEVRIER 2012

Keyhole - 2011 - n&b - 1h34 - Canada

Avec Jason Patric, Isabella Rossellini, Udo Kier


 

INTERVIEW DE GUY MADDIN

On retrouve dans “Ulysse, souviens-toi !” beaucoup d’éléments présents dans vos films précédents, mais c’est en même temps une oeuvre très différente en termes d’esthétique et de narration.



Les avis peuvent diverger sur la question mais personnellement je ne pense pas avoir changé de style. J’ai simplement réalisé ce film comme il devait l’être. Je voulais travailler à partir des codes d’un genre. J’ai pensé aux films de gangsters, aux films de maisons hantées, et je me suis dit que les deux allaient bien ensemble. J’ai probablement rêvé de cette association, car je n’ai rien trouvé sur le sujet dans mes livres d’histoire. Le choix d'un genre hybride s'est fait très naturellement, d'autant plus qu’il incluait des fantômes, et que je me sens littéralement habité par mes propres fantômes. Je les aime tous, et ils me manqueraient s'ils venaient à disparaître. Vampyr de Carl Theodore Dreyer m’a aussi beaucoup apporté. C’est un film emblématique du genre “horreur”, mais c’est surtout un film abstrait et poétique, qui plonge le spectateur dans une errance en songe et s’attache à des émotions déstabilisantes et inconfortables.



Comment avez-vous rencontré Jason Patric ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler avec lui ?



J'ai rencontré Jason Patric en 2005, lors d'un petit festival qui projetait le film After Dark, My Sweet dans lequel il jouait. Je l'avais trouvé formidable en tant qu'acteur. Après la projection, nous sommes allés manger ensemble, et j'ai été frappé par son intelligence et la lucidité dont il faisait preuve sur sa carrière, ses aspirations, ses déceptions et ses joies. Il était à la fois touchant et fort, un vrai mâle dominant ! Je savais que je voulais travailler avec un comédien qui puisse incarner un homme fort, qui fasse avancer l'intrigue, sans tomber dans la caricature d'un personnage psychopathe – quelqu'un qui sache ce qu'il veut, même s'il ignore où il est et qui il est. Je voulais aussi qu'il ait une âme moderne, et que son histoire, aussi agitée que ses pensées les plus profondes, se lise sur son visage impassible.



Vous avez déjà collaboré avec Isabella Rossellini en 2004, sur The Saddest Music in the World, et en 2006, sur Des trous dans la tête!. Avez-vous tout de suite pensé à elle pour le rôle de Hyacinth dans “Ulysse, souviens-toi !” ?



Oui, nous avions écrit ce rôle pour Isabella. Je ne voyais personne d'autre le jouer. J'imaginais une femme belle, matérialiste, ne craignant pas de révéler l'étrangeté et la laideur de nos émotions. Isabella navigue à merveille entre élégance extérieure et laideur ou beauté passagère de notre vérité intérieure.



C'est votre premier film entièrement tourné en numérique. Comment cela a-t-il influé sur votre relation à la caméra, aux acteurs, ou sur la conception des décors... ?



C'est en effet mon premier film entièrement tourné en numérique, et c'était passionnant. Les caméras numériques sont de petite taille, comme les caméras Super 8 que j'ai l'habitude d'utiliser. Elles sont faciles à porter et permettent d'absorber les images tel un aspirateur à main. L'écran de contrôle grâce auquel on peut voir exactement ce que l'on filme est aussi très pratique. Fini les heures d'angoisse, à attendre que la pellicule revienne du labo ! Seule la direction artistique a dû être abordée différemment, du fait de la résolution HD. Les détails sont forcément plus visibles. Il faut savoir que le détail est l'ennemi des films à petits budgets comme les miens. Je me suis toujours sorti d'affaire en créant des décors bon marché et en utilisant le grain de l'image pour estomper le manque de détails. Pour ce film, je me devais d'être plus attentif aux détails, mais quand je n'obtenais pas un résultat satisfaisant, je devais en faire un choix artistique radical. J'aime cette impression d'entre-deux.



Pourquoi avoir choisi de reprendre une légende célèbre pour raconter l'histoire de votre héros ? Et pourquoi L'Odyssée ?



Ces légendes sont séculaires pour une simple et bonne raison : elles trouveront toujours écho en nous et auprès des lecteurs qui les découvriront un jour, tant elles sont intemporelles et bien construites. Maintenant que j’ai atteint les 50 ans, j'ai assez de recul pour me rendre compte que le décès de mon père, à mes 21 ans, a constitué un moment clé de ma vie émotionnelle. Tel un diapason, sa mort a donné le ton de ma vie créative, de mes rêves. Je rêvais souvent de mon père, mais vivant. Il n'était pas mort, il nous avait abandonnés. J'ai entretenu une relation onirique avec ce qu'on appelle “un père défaillant à son obligation alimentaire”, un homme qui abandonne ses enfants pendant plus de trente ans. Dans mon sommeil, je le suppliais de rentrer à la maison, de revenir auprès de son fils et de son épouse à qui il manquait terriblement. Mais dans ces rêves récurrents, il ne restait jamais plus d'une minute. Quand j'ai lu L'Odyssée, je me suis rendu compte qu'Homère racontait la même histoire, celle-là même que je vivais régulièrement en rêve. Son Ulysse n'a pas revu son épouse ni son fils depuis dix-neuf ans. Il fait tout pour rentrer chez lui, ou du moins, c'est ce que s'imaginent ses proches, mais personne ne sait s'il est encore en vie. Homère avait écrit ma biographie émotionnelle il y a des milliers d'années.



Quelle est la finalité de l'intrigue des gangsters ? Comment interagit-elle avec le récit principal ?



Les gangsters sont des hommes d'action, de danger. Je voulais que le personnage de mon père soit comme ça. Dans la vraie vie, il était fonctionnaire dans le hockey. Il était nécessaire de le rendre plus universel, afin qu'il soit identifiable par tous. Ce n'est pas pour autant un film sur mon père. Sa présence dans mon processus de création s'apparente plus à un diapason, quelque chose qui tiendrait la note avec laquelle viendraient s'harmoniser tous les éléments du film.



Dans Winnipeg mon amour, vous revenez dans votre ville natale pour explorer les lieux de votre enfance ; vous reconstituez certaines scènes de votre vie avec des acteurs interprétant votre famille ; vous ranimez les fantômes de votre passé. Y a-t-il un lien entre ces deux films ?



Je pense que les deux films répondent à un même besoin, cette envie irrésistible de retrouver mes fantômes, les personnes qui me manquent, celles que j'ai blessées, les objets égarés, le temps perdu... mais aussi à cette angoisse de ne pas avoir l'éternité devant soi pour pouvoir aimer infiniment des personnes et des choses !



Vous avez dit que le livre “La Poétique de l'espace” de Gaston Bachelard vous avait beaucoup inspiré pour “Ulysse, souviens-toi !”.



Ce petit livre est la plus belle étude sur la phénoménologie de l'espace intérieur. Il décrit ce que chaque pièce, chaque recoin, chaque armoire d'un espace habité peut signifier pour les personnes qui y vivent, les sentiments qu'ils font naître en eux, et les souvenirs - ou plutôt les fantômes - qu'ils leur évoquent. En le lisant, je me suis dit que ce serait extraordinaire que quelqu'un l'adapte au cinéma. C'est peut-être un projet voué à l'échec, mais qui vaut la peine d'être tenté. Une prochaine fois, qui sait ? Pour ce film, j’ai choisi de déconstruire la maison pour la reconstruire en m’aidant de la structure d’une histoire tombée dans le domaine public. L’architecture de ce type de narration permettra peut-être au spectateur de s’immerger dans les rêveries de Bachelard tout en y trouvant un écho personnel. Ce livre m'a insufflé son ardeur communicative tout au long du tournage de “Ulysse, souviens-toi !”. Il m'a plus envoûté que L'Odyssée, qui pourrait passer pour un film d'action face à l'intensité de la poétique de l'intérieur de Bachelard. Ainsi, j'ai réuni Homère et Bachelard, tout comme j'ai réuni des fantômes et des gangsters dans “Ulysse, souviens-toi !”. Ils composaient les couleurs d'un drapeau qui flottait au-dessus de mon bureau, une alliance inattendue agissant tel un baume au coeur.

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Careful
Sur les flancs abrupts de massifs montagneux dignes des Carpates, vivent les habitants de Tolzbad. Pourquoi le vol migratoire des oies sauvages est-il attendu chaque année avec tant d’appréhension? Quelle est cette prudence excessive qui les pousse à calfeutrer leurs fenêtres? Qui sont ces gens, où sommes-nous et quand?
Troisième film de Guy Maddin qui fait ici une utilisation fascinante de la couleur, " Careful " a été sélectionné dans les principaux festivals et acclamé par la critique internationale. En 1995, Guy Maddin reçoit la ‘Telluride Medal’ pour l’ensemble de son œuvre, titre très convoité décerné à des cinéastes aussi importants que Gance, Coppola, Tarkovski ou Eastwood.

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Tales from the Gimli Hospital
" Tales from the Gimli Hospital ", le premier long métrage de Guy Maddin, révèle d’emblée un metteur en scène hors du commun. Des premiers films de David Lynch à ceux de Bunuel, de Sternberg à Cocteau, les références n’ont pas manqué pour tenter de cerner ce film d’une grande originalité. Repéré aux Etats-Unis par Ben Barenholtz, le découvreur de Jodorowsky, Lynch, Romero ou des Frères Coen, cette œuvre explore la folie et la jalousie qui s’installent entre deux hommes qui ont, chacun à leur manière, aimé la même femme.

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Archangel
1917, Arkhangelsk: la cité russe ensevelie sous le givre pendant la Grande Guerre. Les gaz moutarde ont endormi la mémoire des soldats qui oublient d’arrêter de combattre, oublient de dormir, oublient qu’ils sont morts. Ils ne se souviennent que d’une chose: aimer. Sans jamais se rappeler qui. " Archangel " est un film baroque intensément poétique où tragédie et comédie se trouvent mêlées d’une façon étonnante.

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The Heart of the World
Anna, scientifique travaillant pour l'Etat, découvre que le cœur du monde est sur le point d'avoir une attaque...
COFFRET GUY MADDIN
Le coffret réunit les dvd digipack également en vente individuellement: Tales from the Gimli Hospital Archangel Careful Dracula
Et les lâches s'agenouillent...
L'autobiographie fanstamée de Guy Maddin.
Dracula, pages tirées du journal d'une vierge
La rencontre de Guy Maddin, Gustav Mahler et Bram Stoker. Adaptation pour le cinéma d'un ballet, le film ressemble davantage à une œuvre dramatique qu’à une simple chorégraphie. Combinant à la fois une danse sensuelle, des scènes mimées et des intertitres qui rappellent le cinéma muet, il est interprété avec passion par les danseurs du Royal Winnipeg Ballet. Filmé en Super8, 16mm et Super16, puis monté en vidéo, "Dracula" a été transféré en 35mm devant son succès international. Le film a été montré dans de très nombreux festivals, recueillant plusieurs prix dont le Grand Prix au festival du film fantastique de Sitges.

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The Saddest Music in the World
avec Isabella ROSSELLINI et Maria DE MEDEIROS
scénario de Kazuo Ishiguro, Guy Maddin et George Toles d'après une idée originale de Kazuo Ishiguro.

Où VOIR LE FILM EN SALLE

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Sissy-Boy Slap-Party
Une après-midi d’une suffocante chaleur. De jeunes marins qui ne portent sur eux que le strict nécessaire sont soudain pris d’une envie irrésistible de se gifler et de se fesser au rythme exotique des percussions africaines.
Winnipeg mon amour
Winnipeg mon amour est un hommage doux-amer à la ville natale
de Guy Maddin au Canada.

Des trous dans la tête !
Une nouvelle autobiographie de Guy Maddin.
narration: Isabella Rossellini

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