La presse

Entretien avec Ciprì et Maresco

Propos d'Olivier Père

 

 

L'Oncle de Brooklyn
Ciprì et Maresco

Sortie en salle : 3 juillet 2013

Lo Zio di Brooklyn - Sicile - 98min - n&b - 1.66 - dolby stéréo A - 35mm et numérique

 

Entretien avec Ciprì et Maresco

Extraits d’une conversation avec les réalisateurs.



Nous voulions que le film soit un hommage au cinéma classique d’avant-garde. Nous avons tout fait tenir dans une sorte de scénario que nous avons dû écrire pour des raisons contractuelles - une véritable torture pour nous qui aimons tant improviser. Par la suite - et sans prétendre avoir tout changé de fond en comble - nous avons fait beaucoup de modifications et suivi notre inspiration; c'est une méthode qui nous convient mieux. La simple idée d'un scénario et d'une structure était très pénible parce qu'écrire quelque chose qui doit être respecté fidèlement ne nous satisfait pas. Nous savions depuis le départ que les choses se passeraient d’une façon différente, que nous suivrions notre inspiration et les idées qui surviendraient au dernier moment.



Nous nous intéressons au rythme, à l'enchaînement des événements et à l’élément de surprise. Ces choses sont très importantes pour nous car lorsque nous mettons au point un gag nous attachons beaucoup d'importance aux pauses, et parfois aussi nous essayons de le prolonger à n'en plus finir. D’autant plus que rien ne presse puisque le public est là pour regarder. Rien ne presse, donc. Pourquoi devrions-nous donc précipiter les choses, faire des coupes et tourner trente plans ? Je ne vois aucune raison de faire cela.



Si nous devions citer un équivalent musical de l’état d’esprit mélancolique de nos personnages, nous mentionnerions des noms des années trente, Lester Young et de Duke Ellington. Nous avons d'ailleurs souvent utilisé leur musique dans nos courts-métrages.



Certains intellectuels, qui ne connaissent pas l'état de dégradation réel de Palerme, estiment cependant devoir donner leur avis. Ils ne savent pas de quoi ils parlent : il y a d'une part une certaine culture bourgeoise et de l'autre la vraie vie de Palerme, riche en valeurs humaines et culturelles, qui est la plupart du temps soit occultée soit exploitée. On pourrait parler d'un certain type de « détournement ». En ce qui nous concerne, nous travaillons en lien étroit avec ce monde, nous sommes en contact permanent avec les quartiers les plus pauvres de la ville et les gens qui y vivent ; ensuite, nous parlons d'eux. Il n'y a rien de théorique là-dedans.



Ces dernières années, en travaillant sur des documentaires et en errant dans les banlieues de Palerme, ou en allant sur les lieux de notre enfance, nous avons pu voir combien les choses s'étaient transformées, nous avons vu une ville dont la mémoire est en train d’être effacée. Il y avait tous ces bâtiments démolis (certains même l'avaient été en 1943) qui représentaient une mémoire, une mémoire pénible et pleine d’autres mémoires, d'autres émotions ; mais la mémoire de cette ville est en train d'être effacée, elle se transforme en quelque chose sans formes, une ville sans personnalité. C’est ce que nous avons observé, et cela signifie non seulement une perte de la réalité matérielle, celle des maisons et des lieux qui disparaissent, mais aussi d’une humanité qui s'éteint.



Dieu n’aide pas les personnages que nous montrons, peut-être n'en est-il plus capable.



Il y a quelque chose de blasphématoire qui jaillit de la douleur et qui est ainsi plus authentique que tout espoir. Aujourd’hui nous considérons que la forme la plus appropriée pour parler de Dieu est le grotesque.



Ici en Sicile, la résignation prend ses racines dans la philosophie. Sciascia avait raison lorsqu’il expliquait que les Siciliens n’ont jamais cru au pouvoir des idées. Nous sommes un peuple qui vit au jour le jour, nous sommes d'un fatalisme absolu, ce n’est pas à proprement parler la prétendue "lagnusìa" « la paresse », dans le sens de l’indolence spirituelle, mais la conséquence d’un entêtement lucide et profond. Ce n’est pas un manque de force qui nous empêche de nous battre, il n’y a simplement plus rien à combattre, seul demeure le désespoir de la raillerie, du grotesque.



Parfois nous souhaiterions être incapables de voir. Notre esprit a besoin de repos. Beaucoup d’amis nous reprochent de très peu aller au cinéma. Nous n’avons pas cette soif de voir des films. La mode du cinéma nous rend malade, il faudrait ensuite que nous nous « désintoxiquions », pour laisser reposer nos yeux. Tout est du pareil au même pour nous, nous n’apprécions plus rien.



Interview par Goffredo Fofi

Extraits du livre Lo zio di Brooklyn, Bompianini – Milan 1995

La presse - Entretien avec Ciprì et Maresco - Propos d'Olivier Père

Totò qui vécut deux fois
Un obsédé sexuel qui est prêt à subir toutes sortes d'humiliations pour satisfaire ses envies et s'introduire dans la maison de la prostituée itinérante qui séjourne quelques jours dans le village, un vieil homosexuel qui aimerait assister à la veillée funèbre de son amant mais craint les foudres de sa belle-famille, un messie local errant dans la campagne, quelque peu enclin à prêcher et à faire des miracles. Tels sont les trois héros de ce film farfelu et grotesque.