Des trous dans la tête

Des trous dans la tête !

Guy Maddin

24 septembre 2008

"Brand upon the Brain!" - 2006 - 1h35 - Canada - n&b

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Une nouvelle autobiographie de Guy Maddin. Narration: Isabella Rossellini

Guy Maddin passe sa jeunesse en compagnie de sa sœur adolescente, sur l’ile mystérieuse dont il héritera un jour. Ils partagent cet endroit avec une horde d’orphelins vivant en communauté dans le phare, qui fait office d’orphelinat. Chacun de leur geste est rigoureusement surveillé par la mère dominatrice et tyrannique de Guy, depuis le sommet du phare, pendant que son père, un scientifique et inventeur, travaille de jour comme de nuit dans le plus grand secret, au sous-sol.

Lorsque de nouveaux parents adoptifs découvrent d’étranges blessures sur la tête de leurs enfants, les jeunes détectives Wendy et Chance Hale ; frères et sœurs plus connus sous le nom des “Enfants Lumière” ; se rendent sur l’ile de Guy pour y mener leur enquête. Guy est en émoi devant Wendy, un premier béguin qui affole ses hormones, alors que sa soeur a le pourpre aux joues, transie d’amour pour Chance, un amour qui ne doit en aucun cas être révélé à Mère.

L’enquête progresse alors que les enfants s’engouffrent dans les ténèbres de la divulgation et de la répression, jusqu’à ce que la situation devienne dangereusement incontrôlable à mesure que les terribles secrets de la famille de Guy sont peu à peu dévoilés…

La presseInterview avec Guy Maddin

Les films de Maddin n’appartiennent à aucun genre, à aucune école. Et s’il arrive parfois, comme ici, de penser fugacement à d’autres (Laughton ou Murnau), le film esquive toujours le piège de la référence ou même de l’hommage. Maddin parvient juste à filmer ses crises de somnambulisme et à nous donner envie que ce soient les nôtres.
Libération

L’impression que l’on a d’assister à l’exhumation d’un gigantesque coffre à trésors pourrait être d’un ennui mortel. Elle s’avère au contraire être d’une saveur piquante, qui n’est pas sans évoquer celle des romans de Lewis Carroll.
Le Monde

Le canadien givré Guy Maddin réinvente son enfance dans un curieux mélange de polar, de Grand-Guignol et de romance. Comme un mélo de Griffith qui aurait été tourné sous LSD.
Télérama

On tremble, on s’amuse, on rêve. Un bijou précieux, scintillant et hypnotique.
Elle

D’une beauté fulgurante qui transfigure son propos par le mythologique, Des trous dans la tête ! constitue un de ces OFNI (objet filmique non identifié), perle rare d’un cinéma d’auteur sans équivalent. Vivez l’expérience Guy Maddin !
France2.fr

Regarder ‘Des trous dans la tête’ requiert de l’endurance physique, le corps entier subit l’épreuve et l’esprit est subjugué par tant de virtuosité et d’insolence. Tous les sens s’essoufflent mais s’épanouissent dans le ravissement.
Evene

A partir d’une intrigue digne du Club des cinq (mais un rien plus perverse), le cinéaste canadien déploie une fois de plus un style envoûtant, hommage revendiqué au cinéma muet, d’horreur et expressionniste.
Ciné Live

Avec cette fable expressionniste aussi personnelle que déjantée (on pense à un Lynch sous amphétamines), Maddin se renouvelle une fois de plus.
Le Canard enchaîné

Foisonnant et virtuose, le film nous entraîne dans le monde ambigu des souvenirs avec une originalité constante.
Le Point

Un bijou d’invention, de drôlerie et d’émotion. Un chef d’œuvre !
Direct Soir

Maddin nous livre des images (des photogrammes, des métaphores, des histoires) d’une liberté inouîe, et d’une rare beauté.
L’Officiel des spectacles

Cela tient de l’expérience sensorielle, du spectacle vivant, du cinéma muet bien sûr, c’est un vrai truc de fêlé, comme les aiment ceux qui les aiment, déraisonnablement.
Le Nouvel Observateur

Référencé et candide à la fois, archaïque et ultramoderne.
Politis

Narrée par la voix de la sublime Isabella Rossellini, ce conte sombre et violent met en relief tout l’univers exubérant, burlesque et triste de l’un des réalisateurs les plus originaux de ces vingt dernières années.
D-Side

Le résultat, souvent hallucinant, toujours à deux doigts de la saturation, ne ressemble à rien de connu dans le paysage cinématographique actuel, sans jamais enfoncer de portes ouvertes. En un mot, c’est magique.
DVDrama

Une proposition de cinéma hallucinante, à l’abri des modes et des époques, qui sait éviter le piège du fétichisme ; les influences sont toujours dépoussiérées par la modernité du montage.
Avoiralire.com

Une expérience cinématographique hors norme, fruit d’un esprit sans doute un rien dérangé (le cinéaste avoue s’être inspiré de son enfance !) qui se découvre avec plaisir.
Mcinéma.com

Le cinéaste de Winnipeg nous propose avec subtilité de nous immerger dans ses souvenirs les plus profonds tout en nous conduisant sur le chemin sinueux d’une passionnante intrigue surréaliste.
Critikat.com

Le nouvel opus de Guy Maddin nous plonge encore une fois et avec délectation dans un univers onirique et foisonnant, sorte de conte de fées pour adultes consentants. Une merveille.
Fluctuat.net

Un film inclassable, sur l’inquiétante étrangeté des êtres.
Culturopoing.com

Guy Maddin, grâce à sa maîtrise des genres et par un langage visuel rare, livre un film à la fois suranné et moderne, cinéphile et personnel.
Ilétaitunefoislecinéma.com

D’abord, une fois de plus, les films les plus novateurs n’étaient pas, ne pouvaient pas être sans doute, en compétition. On pense là à State Legislature de l’inépuisable documentariste Frederick Wiseman qui, au fil d’un film par an depuis 1967, n’en finit pas d’étudier le fonctionnement des institutions. C’est cette fois le Parlement de l’Idaho qui est passé au crible pendant 217 minutes sans qu’on se lasse un instant d’observer les législateurs au travail. On pense aussi à Des Trous dans la tête! ! du toujours stupéfiant Guy Maddin, qui ne cesse de revisiter le muet et dont le film a été présenté à l’opéra avec accompagnement d’orchestre.
Jean Roy, L’Humanité

Des Trous dans la tête !, le film le plus joyeux du festival, est le dernier Guy Maddin, réalisateur unique dans le monde du cinéma. Alors que des metteurs en scène construisent, ou tentent de construire, des machines toujours plus sophistiquées pour conduire leur narration, cet auteur-réalisateur s’adonne à la réinvention de la roue. Et cela depuis vingt ans avec un génie provocant.
The Financial Times

Des Trous dans la tête! est la dernière surprise de Guy Maddin dans laquelle il fouille dans l’histoire du cinéma et dans son imagination délirante pour créer une œuvre qui ne ressemble à aucune autre. Un des dix meilleurs films de l’année.
Manohla Dargis, The New York Times

Un des grands évènements du festival de Toronto. Je me suis vraiment régalé.
Glenn Kenny, Premiere Magazine

La soirée la plus mémorable du festival de Toronto ? La première mondiale des Trous dans la tête ! Avec orchestre, narrateur, trois bruiteurs en blouse blanche et même, à ce qu’il parait, un castrat. Un film délirant qu’il faut voir (et entendre) pour le croire.
Tom Charity, Time Out London

La question qui est sur toutes les lèvres dans de nombreux festivals est : ” Quel est le meilleur film que vous ayez vu ? ” Je répondrai, sans hésitation, le nouveau morceau de bravoure de Guy Maddin. Le mouvement d’allégresse qui persistait en moi était si profond après cette merveilleuse et rare expérience audio-visuelle, que j’ai décidé de ne pas aller voir le film que je devais aller voir ensuite. Maddin embellit son scénario surréaliste de sauvages fantasmes pubescents, laissant son imagination éclatante conduire l’émeute dans un film qui est souvent désopilant et étonnamment touchant. Une expérience magique.
Michael Dwyer, Irish Times

Comme beaucoup de vos films, Des Trous dans la tête ! s’inspire de faits autobiographiques; parlez-nous de la façon dont vous et votre co-auteur George Toles avez écrit le scénario, et des souvenirs qui vous ont servi de base.
Le cœur de mon enfance, son essence mystique, impétueuse et fougueuse, a été marqué par une lutte sans merci qui opposait ma mère à ma grande sœur, une adolescente fraichement épanouie. Elles n’ont jamais vraiment mis de mots là-dessus, mais c’est justement ça qui était embarrassant, c’était évident. Qu’elles se disputent au sujet d’une coiffure ou d’un ourlet, c’était en réalité la présence au sein de la maison d’une jeune adulte, avec des désirs personnels, qui était à l’origine de l’opposition virulente de ces deux femelles. J’ai su que n’importe quel souvenir d’enfance devait être construit à partir de cette guerre.
George Toles a eu l’idée d’un orphelinat, qui allait abreuver le scénario d’enfants. Il a également voulu corrompre cette institution, avec une opération de prélèvements d’organes… C’est alors que j’ai eu l’idée de faire de mes parents les propriétaires. Après tout, les enfants peuvent-ils réellement comprendre ce que leurs parents ont dans la tête? Après que George et moi ayons inventé un tas de sombres secrets bien gardés des enfants timorés, il s’agissait simplement d’introduire un détective adolescent ; l’un de mes personnages favoris, et quelque chose que Louis Feuillade aurait dû explorer, mais peut-être l’a-t-il déjà fait. Et puis je me suis rappelé l’agonie du premier amour et combien ce genre de douleur se prêtait au film, donc j’ai combiné tous ces éléments et j’ai été ravi de constater qu’ils se mariaient parfaitement. Dès que la structure a semblé assez solide et sincère, j’ai pu parsemer le tout d’un million de détails sortis de ma tendre enfance. C’est littéralement une histoire vraie ; mais en beaucoup mieux !

Le film est un mélange de genres, l’horreur expressionniste, le polar, le théâtre du Grand Guignol. Pouvez-vous nous parler de ces diverses influences ?
J’ai lu une série de pièces de théâtre du Grand Guignol et j’ai décidé sur-le-champ que j’en monterai une un jour. L’occasion ne s’est pas présentée, mais quand j’ai découvert que j’allais tourner à Seattle, j’ai tout de suite pensé aux phares, qui me rappelaient cette pièce que j’adorais et qui justement avait pour décor un phare. Je pense qu’il était question d’un père et de son fils, tous deux atteints de la rage, et essayant de se tuer l’un l’autre, avant l’arrivée du bateau de ravitaillement sur leur ile isolée. Je n’ai fait qu’incorporer au scénario l’esprit sanglant de la pièce, qui correspondait parfaitement au côté épouvantable de ma propre enfance ! C’est sans doute pour cette raison que la pièce m’avait plu.
Le polar jeunesse servait mes intérêts, car pour moi, c’est une littérature très sexuelle, pour tout ce qui est dit et ce qui ne l’est pas. Alice, Les frères Hardy ; Inutile d’en dire davantage ! Les jeunes détectives se plongent toujours dans des intrigues émoustillantes, des histoires excitantes ! Et il n’y a rien de plus voluptueux que le fantasme d’être un adolescent en danger. Pour moi, en tout cas !
L’horreur expressionniste ? Eh bien, c’est ce qui arrive quand le sujet est intéressant et que c’est filmé avec beaucoup d’ombres en rapport avec l’intrigue ; des ombres longues, profondes ; de mystérieuses ombres !

Les ombres ont tellement plus d’impact en noir et blanc qu’en couleur ! En noir et blanc, elles représentent l’absence de lumière, l’absence de connaissance ; mais en couleur, l’obscurité est composée d’un grain mauve et marron, qui n’a plus de sens ! Le véritable expressionnisme DOIT être filmé en noir et blanc.

Des Trous dans la tête ! est le premier film que vous n’ayez pas tourné à Winnipeg, votre ville natale. En quoi cela a-t-il affecté le film en tant que mémoires? Comment s’est déroulée votre collaboration avec The Film Company ?
La plage du Puget Sound dans l’état de Washington ressemblait trait pour trait aux rives de Gimli, où se trouve la maison de vacances familiale, à une heure de route de Winnipeg. Quand le cameraman Ben Kasulke et moi courions sur la plage avec nos caméras, j’avais l’impression d’être un enfant accompagné d’un nouvel ami, au lac ! Nous jouions ensemble dehors, aux traditionnels cache-cache, au jeu de la bouteille, on faisait des feux, des hot-dogs ; et toujours courir, courir, courir dans le sable qui nous ralentit, comme tous les enfants accrocs de plage aiment à le faire. Sauf qu’on courait avec les caméras, et qu’on filmait tout ce qui se présentait à nous, sur ce grand terrain de jeux balnéaire. La dernière fois que j’ai eu les poumons aussi pleins à craquer de cet air vivifiant remonte à l’enfance, il n’y a que les enfants qui puissent encaisser ce débordement d’activité ! Je me sentais complètement chez moi, dans cet endroit pourtant tellement éloigné.
Et mon équipe de The Film Company, ce merveilleux, chimérique, utopique studio de cinéma à but non lucratif ; unique au monde, j’en suis convaincu ; était incroyable ! Il y avait cette cause, ce manifeste, cette bannière sous laquelle nous défilions chaque matin ! Je logeais dans l’un de ces hôtels hôpitaux, courants à Seattle, des membres de l’équipe venaient me chercher tous les matins à 5 h, je saluais les patients qui fumaient à l’extérieur de l’infirmerie, et j’attaquais la longue journée de tournage avec le sentiment d’être au premier jour de l’été. Le producteur Gregg Lachow est quelqu’un de très franc ; il dit toujours ce qu’il pense, peu importe ce que c’est, mais ce n’est jamais personnel. Il a peuplé son industrie de r’ve avec des gens qui ont le même tempérament, des travailleurs, des gens solidaires avec lesquels il est facile de s’entendre, et qui ont soif de travailler et d’apprendre. La plupart des utopies s’écrasent avant même d’avoir quitté la terre ferme, mais celle-ci a une chance, gr‚ce aux personnes qui sont impliquées.

Comment avez-vous procédé pour la distribution des rôles ? Sullivan Brown dans le rôle du jeune Guy Maddin semble coller tout à fait et Kellan Larson dans le rôle de Neddie dégage tellement de vulnérabilité que l’on sait qu’il va se passer quelque chose d’atroce, rien qu’en le regardant. Est-ce que le casting repose sur l’aspect purement physique/visuel des acteurs parce qu’il s’agit d’un film muet ?
La directrice de casting, Joy Fairfield, a enregistré des auditions à Seattle et me les a faites parvenir. Puisqu’il s’agit d’un film muet, je savais que la chose la plus intéressante qu’un acteur pouvait m’offrir était un gros-plan expressif. Les mouvements du corps sont très importants, mais ce n’est pas ce que j’ai demandé à voir en premier. Joy a eu beaucoup d’intuition en organisant ces sessions. J’ai pratiquement retenu tous les acteurs de la première cassette qu’elle m’avait envoyée.
J’ai aimé Sullivan Brown, non pas parce qu’il me ressemblait, jeune, même s’il y avait quelque chose ; en plus mignon ; mais parce qu’il me rappelait Jean-Pierre Leaud jeune, à l’époque des 400 coups. En tout cas, ce fut mon sentiment le jour de l’audition. Il était très emprunté, l’air morose. Kellan Larson, je l’ai choisi en deux secondes ; son apparence et son jeu étaient tels que je les avais imaginés.

Est-ce que le film a été continuellement conçu comme un film muet avec accompagnement en direct? Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler avec Jason Staczek ?
Voilà longtemps que je désirais faire un film muet avec de la musique live, pour redonner aux gens ce qui était courant dans les années vingt, comme au temps du Grauman’s Chinese Theater! Un spectacle généreux, destiné aux masses, juste un peu plus lyrique que ce que l’on voit aujourd’hui ! Piers Handling du Festival du Film de Toronto avait rebondi sur cette idée, puis on l’avait oubliée. Monter un évènement de ce genre demande un certain budget. Tout est dans le timing. Un festival doit avoir envie de le faire et disposer de l’argent nécessaire. Le timing était parfait cette
année: la première a eu lieu au Festival de Toronto.
Jason Staczek est le compositeur attitré de la société de production de The Film Company. Et il se trouve être EXCELLENT. Il se promenait sur le plateau et jouait de la musique d’ambiance pour nos acteurs sur son orgue Hammond géant. Il pouvait improviser des heures, et à la fin nous étions complètement hypnotisés par les sons étranges de son clavier. Dans cette transe, il était plus facile de croire que les décors en carton-pâte dans lesquels nous devions travailler étaient de vraies pièces, que nous étions vraiment dans la tourelle angoissante au sommet d’un phare branlant en face de l’océan, et qu’un long escalier de pierres faisait une spirale en dessous de nous jusqu’à une porte s’ouvrant sur la mer ; alors qu’en réalité nous étions les uns sur les autres, entre des murs en papier mâché. Jason a lui aussi ce tempérament propre à The Film Company ; il a composé plus de 95 minutes d’une partition originale en travaillant presque jour et nuit pendant des mois ! Le résultat est brillant et, à en juger par son enthousiasme, une formidable récompense en soi.
Oh, Utopie !

Comment se déroule l’interaction des bruiteurs, des chanteurs et du narrateur sur scène, lors de la projection du film ?
Les spécialistes du son font partie eux-aussi du spectacle ! J’adore les bruiteurs. Quand j’ai rencontré Andy Malcolm pour la première fois en 1992, il sonorisait avec enthousiasme une poursuite de voitures plus vraie que nature et reproduisait les sons d’un accident devant mes yeux incrédules simplement à l’aide d’une bouteille d’eau chaude et de son pouce. Ce gars peut reproduire tous les sons nécessaires à un film. Et il a des yeux de lynx, aussi ! Il est capable de repérer un son manquant en un clin d’œil, comme le léger bruissement que l’on émet lorsque l’on décroise les jambes. Il entend avec les yeux ! Et il voit avec les oreilles ! Il peut reproduire un feu de forêt avec une branche de cèleri ! Une femme qui se déshabille avec deux jantes de métal. Ces bruiteurs sont vraiment fascinants!

Je voulais absolument qu’ils fassent partie du spectacle ! Tout le monde devrait voir ce qu’ils font. Bien entendu, je veux que les gens regardent mon film, aussi, et c’est ce qu’ils font, car lorsque les bruiteurs sont à l’œuvre, c’est paradoxalement très discret !
J’espère que tous apprécieront de faire ces petits sauts de l’intérieur à l’extérieur du film. Et je veux qu’il en soit ainsi pour le narrateur. Le narrateur, une espèce d’extension de l’ancien bonimenteur, auquel on avait recours au début du muet, pour tenter de ne pas perdre en route les spectateurs les plus confus, ne sera pas là en représentation. Plutôt inspiré de mes lectures au sujet de la tradition japonaise du benshi, où les narrateurs font des commentaires personnels sur le film, je souhaite que mon narrateur construise une relation privilégiée avec le public. Je veux qu’il ressente le public et l’apprivoise, s’échauffe ou se calme à son contact, et qu’il cultive ce savoir-faire qui n’appartient qu’à lui.

Des Trous dans la tête ! est rempli des thèmes qui vous sont chers, cependant on note une modernité palpable dans le montage : la vitesse à laquelle défilent les intertitres, la caméra au poing… On a un plus grand sentiment de liberté, et ceci nous parait en rupture avec le primitivisme obstiné et l’aspect ‘construit’ de vos films précédents.
Quelle est la place que vous donneriez à ce film au sein de votre œuvre ?

J’espère que ce film est le couronnement de mon œuvre, du moins jusqu’ici ! Ce n’est pas un pastiche. C’est un nouvel hybride d’éléments filmiques jamais associés auparavant. Il n’y a rien de malhonnête ! Il a son propre rythme, ni lent ni exagérément pressant. J’en suis ravi, je crois que chaque spectateur peut ingurgiter la plupart des images comme un grand verre d’eau fraiche ; et j’adore la musique. La musique emprunte le chemin le plus court pour aller droit au cœur, comme nous le savons tous, et ces images, parce qu’elles collent parfaitement à la musique de Jason, bénéficient elles aussi de ce raccourci vers le cœur ; je l’espère ! C’est la plus grande qualité du film muet ; il atteint les gens aussi instantanément et avec autant de force que la musique. C’est l’effet que j’espère obtenir avec Des Trous dans la tête !
The Film Company

The Film Company est un studio indépendant unique, basé à Seattle, USA, qui donne carte blanche à des artistes, pas des projets, et leur apporte tout le soutien et la collaboration requis pour créer un film original, dans n’importe quel format, de la conception à la distribution. Fondée en 2004 par Gregg Lachow, TFC a soutenu six artistes depuis : le film en Super-8 de Guy Maddin, Des Trous dans la tête !, qui sera présenté en avant-première mondiale au Festival International du Film de Toronto, le film en 35mm de Lynn Shelton, We Go Way Back (qui a gagné le prix du meilleur film à Slamdance en 2006 et sortira aux Etats-Unis à l’automne), le court-métrage en 35 mm de Gaelen Hanson, Your lights Are Out or Burning Badly, qui est projeté dans des festivals, deux projets actuellement en post-production : le film en 16 mm de William Weiss, The Telephone Pole Numbering System, le court-métrage DV/Super-8/16mm de Brian Short, All My Love, et le film en 35mm de Megan Murphy, The Part I Love the Best, dont la production démarrera en octobre 2006.

Il existe une version scénique de Des Trous dans la tête !
Le film a en effet été présenté sur scène accompagné par un orchestre, un trio de bruiteurs, un chanteur castra et un narrateur.

Ce spectacle a été récemment présenté à l’Opéra de Berlin, avec Isabella Rossellini comme narratrice, dans le cadre du Festival International de Film de Berlin, après avoir été monté à Toronto en septembre 2006 et à New York, au Lincoln Center, en octobre 2006. Il a été présenté en Amérique Latine avec Géraldine Chaplin, et à New-York avec Isabella Rossellini, mais également Lou Reed, Laurie Anderson, Eli Wallach, Crispin Glover et John Ashbery.