des idiots et des anges

Des idiots et des anges

Bill Plymton

14 janvier 2009

Etats-Unis - 2008 - 1h18 - 1:85

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Angel consulte un médecin dans l’espoir qu’il pourra le débarrasser de ses ailes. Le docteur réalise que ce pourrait être là pour lui un passeport pour la gloire et la fortune. Mais avant que l’opération ait pu avoir lieu, Angel s’enfuit sous le coup de la peur.

À mesure qu’il tente de se faire à ses ailes, Angel se rend compte que de pouvoir voler lui fournit des moyens supplémentaires de filouter ses semblables. Peine perdue : les ailes paraissent posséder une volonté propre, entraînant l’échec de ces visées cupides. Après avoir sectionné ses ailes à la tronçonneuse, Angel retrouve une vie normale. Sauf que le lendemain, au bistrot, il s’avère que Bart, le propriétaire, aurait bien besoin des ailes pour relancer ses affaires. Il entreprend alors de malmener sa belle épouse blonde, sachant que les ailes, dans leur bonté, voudront la secourir. En effet, celles-ci ont tôt fait de repousser et Angel s’envole avec la blonde terrifiée dans les nuages, où ils se découvrent amoureux l’un de l’autre.

Malheureusement, de retour au bar, Bart est là qui les attend en compagnie du docteur et muni d’une arme. Fou de jalousie, il abat Angel. Prise de panique, la blonde fuit le bar tandis que le docteur ampute Angel de ses ailes pour les recoudre sur le dos de Bart.

Ce dernier bride la volonté des ailes à l’aide de menottes, puis survole les autres bars en jetant des bombes afin que le sien demeure l’unique débit de boisson de la ville.

Maintenant qu’il nage dans l’opulence, le barman entend bien récupérer son épouse. Alors que ses avances se font pressantes et qu’il s’apprête à abuser d’elle, la jeune femme se défend. La lutte prend un tour violent, atteignant son paroxysme quand soudain, surgi du ventre de Bart, Angel renaît à la vie.

Les deux hommes ailés s’affrontent en un combat homérique, le Bien contre le Mal, sous le regard des clients assemblés. Quand ils reconnaissent en Bart le terroriste responsable de la destruction de leurs rades favoris, les consommateurs encore couverts de brûlures se liguent à leur tour contre lui. Le méchant Bart est consumé par l’incendie de sa propre arrière-salle, où il stockait ses armes et ses explosifs.

Finalement Angel et la blonde se retrouvent au lit, et les ailes se détachent pour voler au secours de quelque autre âme égarée.

La presseGenèse du film

La noirceur de l’univers de Bill Plympton est une nouvelle fois contrebalancée par le pur éblouissement de sa fabuleuse imagination. DES IDIOTS ET DES ANGES pourrait bien être son meilleur film à ce jour!
– Jim Jarmusch

Il est grand temps, pour le public européen de reconnaître en Bill Plympton, dessinateur hors pair et cartooniste d’exception, l’un des indispensables du cinéma d’animation d’aujourd’hui. (…)
Les Cahiers du Cinéma

Philosophique et grinçant, Des idiots et des Anges prouve que le dessin animé, quand il est d’auteur, peut nous donner des ailes.
Télérama

Plympton reste intègre, fidèle à ses options narratives et visuelles, à ses transgressions diverses. C’est un des derniers Mohicans du dessin animé pour adultes.
Les Inrockuptibles

Une vision du monde particulièrement frappée et frappante. A voir
Libération

Un film artisanal à grand spectacle, nourri de culture cinématographique (l’expressionnisme, le film noir) et graphique (Topor, Gustave Doré), reprenant des thèmes qui lui sont chers (la transformation des corps, l’absurdité quotidienne) tout en s’aventurant sur un terrain métaphysique qui lui était jusqu’ici étranger.
Le Monde

L’imagination de cet homme-orchestre (auteur, réalisateur, producteur, maquettiste, story-boardeur de ce film d’animation) semble n’avoir aucune limite. Des idiots et des anges ressemble à du Capra animé.
Studio

Des idiots et des anges cherche (…) à transcender une histoire (…) par la seule force de l’image et du son. Avec ses couleurs désaturées et charbonneuses, son trait vigoureux, ses décors stylisés et sa bande originale envoûtante, cette nouvelle “plymptonnerie” y parvient au-delà de toute espérance.
Première

Bill Plympton dessine avec Des idiots et des anges un joli conte moderne où se mêlent besoin de conformisme, rêves de gloire, poésie douce et charme discret.
Ciné Live

Des idiots et des anges tient par la seule force du dessin, tout en crayonné gris, et de l’animation, en perpétuelle métamorphose poétique, dans un univers graphique daté des années 50. Chapeau !
Le Canard Enchaîné

Une oeuvre sombre, surréaliste, captivante.
Le Journal du Dimanche

Le combat entre le bien et le mal vu par le plus iconoclaste des artistes indépendants américains. Une merveille d’animation réalisée à l’ancienne avec un crayonné et des musiques inspirés.
Le Figaro

Bill Plympton, l’animateur le plus déjanté du genre (L’Impitoyable Lune de miel, Les Mutants de l’espace, Hair High), s’est fait conteur et philosophe. Sans perdre un gramme de son talent. Splendide
L’Express

Un univers à la Kafka, un dessin expressionniste : du grand art.
Pariscope

Le résultat, jubilatoire, entraîne le spectateur dans un monde de folie.
20 minutes

Plympton signe une nouvelle comédie fantastique à l’humour noir réjouissant.
Métro

Bill Plympton livre une œuvre belle, sombre et trash, à la bande-son digne des musiques des films de Jim Jarmush.
Direct Soir

‘Des idiots et des anges’ apparaît comme la parfaite illustration d’une animation indépendante créative et audacieuse.
Evene.fr

Il est trop tôt pour dire si Idiots and Angels est l’œuvre charnière qui marque un virage dans la carrière de Bill Plympton, mais ce retour à l’esthétique du chaos est un changement qui mérite que l’on s’y intéresse vraiment. La force de Plympton, c’est cette motivation à s’investir entier dans son art.
Culturopoing

Nourri de contre-culture sixties et seventies, Bill Plympton a horreur du bon goût, mais il croît aux anges. Des idiots et des anges marque le retour en grande forme de ce Tex Avery contemporain et grinçant.
Trois Couleurs

Des idiots et des anges, de Bill Plympton, est un film drôle, sombre et émouvant. L’intelligence et l’inventivité dont il fait preuve avec un simple crayon ont bien failli me faire raccrocher appareil photo et caméra.
J’aime les personnages tourmentés qui trouvent la rédemption. Sans oublier la B.O. et les effets sonores… Combien d’idées géniales peut-on ainsi faire tenir dans un seul film?

Je n’ai jamais trop bien su d’où me venaient mes idées. Si je n’avais qu’une source d’inspiration, mes films, j’en ai peur, seraient tous les mêmes. Ce peut être un article de journal (Les Mutants de l’espace), un morceau de musique (The Tune), une projection de moi-même (L’Impitoyable lune de miel !), des événements observés en me promenant dans la rue (Guard Dog), des pensées qui me sont venues simplement en rêvassant dans mon lit (Your Face) ou encore, comme dans le cas de Hair High, un rêve. Mais je n’arrive pas vraiment à me rappeler d’où j’ai pu sortir l’idée de base pour Des idiots et des anges.

Le premier souvenir que j’en ai remonte à 2005, alors que je me promenais en compagnie d’un étudiant au Festival de cinéma de Lille. Comme il me demandait quel serait le sujet de mon prochain film, je lui ai répondu, sans réfléchir, que cela parlerait d’un ange qui ne veut pas de ses ailes. Plus nous en discutions ensemble, et plus le concept commençait à vraiment me séduire. Cette nuit-là, dans ma chambre d’hôtel, j’ai commencé à explorer les possibilités narratives qu’offrait un personnage d’ange récalcitrant. Cela se passait alors que je venais d’en finir avec la production de Hair High, et j’avais beau penser que c’était un film génial qui allait me rendre riche, ça n’avait pas été une mince affaire. Le choix d’engager des acteurs connus m’avait coûté beaucoup d’argent, la location du studio était hors de prix et, pour faire face aux besoins d’une production dont le standing avait été un tantinet boosté par rapport à d’habitude, j’avais dû embaucher beaucoup plus de décorateurs et de traceurs. Pour finir, les délais n’avaient pas été respectés et le budget avait été dépassé. Il m’en avait coûté 400 000 dollars de ma poche pour produire le film, et afin d’être prêt pour le Festival de Sundance je m’étais en prime endetté.

Cette expérience a été source de pas mal d’angoisse et de stress, or si j’aime faire des films d’animation, c’est parce que c’est une aventure vraiment amusante à vivre. Alors bon, je ne me voyais pas rééditer l’épisode déprimant de Hair High — j’ai donc décidé que Des idiots et des anges serait en tous points à l’opposé de ce film. Là où Hair High était éclatant de contrastes et de couleurs, avec une animation très fluide, Des idiots et des anges serait monochrome et animé de façon plus basique. Là où Hair High bénéficiait de la participation d’acteurs connus pour les voix, la bande-son de Des idiots et des anges ne serait composée que de musique et d’effets sonores, sans aucun dialogue.

Hair High avait été réalisé avec des cellulos peints à la main, en 35 mm, aussi les dessins de Des idiots et des anges seraient-ils scannés pour être coloriés sur ordinateur. L’arrière-plan de Hair High avait nécessité la participation d’une dizaine d’illustrateurs — sur Des idiots et des anges, je m’en chargerais seul, juste avec papier et crayon.

Résultat, alors que le budget de Hair High s’élevait à environ 400 000 dollars, celui de Des idiots et des anges avoisine seulement les 100 000 dollars. De prendre en charge moi-même la plupart des tâches de création — ce qui signifie qu’entre autres j’ai dû faire office tout à la fois d’auteur, de producteur, de réalisateur, de story-boardeur, de concepteur des personnages, de maquettiste, de créateur et dessinateur des décors, de chargé de l’animation et d’intermédiaire — m’a aidé à réduire considérablement les coûts de production.

Mon dernier court-métrage, Shuteye Hotel, a constitué une sorte d’échauffement, une expérience réalisée dans le style nouveau caractérisant Des idiots et des anges. C’est une technique que j’ai commencé à utiliser au lycée, puis à la fac, et aussi le style le plus basique et traditionnel qui soit, un simple crayonné sur papier avec quantité de hachures. Je n’avais jamais pu y recourir sur mes précédents films, vu que nous avions systématiquement utilisé un procédé de photocopie afin d’imprimer les images sur pellicule, mais aujourd’hui nous avons la possibilité de scanner le crayonné pour le coloriser sur ordinateur, sans rien perdre de la précision du dessin.

Donc, après avoir fait les dessins, j’estompe le trait avec un chiffon, puis je m’y remets et crayonne d’autres traits, que j’estompe à leur tour. Ensuite j’interviens à l’aide d’une gomme afin de dégager les grandes lignes. De fait, plus je corrige et redessine par-dessus l’image créée, meilleur est le résultat. C’est naturellement la texture particulière induite par cette méthode qui fait la force de l’image, aussi essayons-nous de nous en tenir à des couleurs aussi simples et diluées que possible.

Je remets les planches dessinées à ma chargée de production, Biljana Labovic, et avec son équipe de prodiges (Lisa, Kerry et Taylor), ils les scannent, les nettoient, les organisent et les colorent, l’ensemble étant finalement pré-monté à l’aide de Final Cut Pro. C’est alors qu’interviennent mon sonorisateur, Gregg Sextro, et mon nouveau monteur, Kevin Palmer, qui travaille chez Homestead Editorial. Tout au long de ce processus de fabrication, y compris même au stade du story-board, j’écoute de la musique afin de déterminer quel type de B.O. paraît réclamer l’histoire que je suis en train de raconter. Le film étant dépourvu de dialogues, je veux de la musique d’un bout à l’autre — presque comme un opéra, ou une longue suite de clips.

L’esthétique du film est très « Europe de l’Est »— un peu comme ce que pourrait faire Jan Svankmayer, ou David Lynch s’il s’essayait à l’animation —, très sombre et surréaliste. Pensant que la musique devrait du coup avoir un côté cosmopolite, j’ai sélectionné des morceaux de Pink Martini, Nicole Renaud et Tom Waits. J’avais pensé à Tom Waits dès le début, mais je ne savais pas comment le contacter. Par ailleurs je craignais qu’il ne demande un tarif exorbitant, ce qui n’est pas dans mes moyens — n’importe comment, il fallait tenter le coup.

Jim Jarmusch est un de mes amis, aussi je lui ai envoyé quelques extraits du film en lui demandant de les faire passer à Mr.Waits. Eh bien, à ma grande surprise, celui-ci a aimé le film et m’a fait dire qu’il me laisserait utiliser sa musique pour un prix fort raisonnable. J’ai un énorme respect pour lui en tant qu’artiste et, d’une certaine manière, sa philosophie se rapproche de la mienne. Je ne suis pas dans ce métier pour devenir riche (je m’en sors, disons), et son but à lui est de produire une oeuvre forte, de s’investir dans des projets qui le motivent. C’est l’art lui-même qui lui sert de moteur — j’aimerais que cette attitude soit plus répandue.
Anton Corbijn