Careful

Careful

Guy Maddin

28 février 1996

Canada - 1992 - Film en couleur de 100 minutes. VO anglaise, sous-titres français.

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Sur les flancs abrupts de massifs montagneux dignes des Carpates, vivent les habitants de Tolzbad. Pourquoi le vol migratoire des oies sauvages est-il attendu chaque année avec tant d’appréhension? Quelle est cette prudence excessive qui les pousse à calfeutrer leurs fenêtres? Qui sont ces gens, où sommes-nous et quand?

Troisième film de Guy Maddin qui fait ici une utilisation fascinante de la couleur, ” Careful ” a été sélectionné dans les principaux festivals et acclamé par la critique internationale. En 1995, Guy Maddin reçoit la ‘Telluride Medal’ pour l’ensemble de son œuvre, titre très convoité décerné à des cinéastes aussi importants que Gance, Coppola, Tarkovski ou Eastwood.

La presseManifeste de Guy Maddin
Les Inrockuptibles: “Un bibelot étrange, un conte pour adultes, baroque et pince-sans-rire. Guy Maddin est un cinéphile mélancolique, un bricoleur de pellicule et un vrai poète.”

Mad Movies: “Une révélation ! “Careful” a tout du coup du maître. Un film particulièrement barré que le David Lynch de Twin Peaks apprécierait sûrement.”

Du Salon XXI: Une lettre sévère proposant un manifeste en quatre points pour de meilleurs films

1. Les films devraient être comme ces régiments de soldats de bois ou de plomb avec lesquels jouent les enfants: être dotés des éléments bi-dimensionnels de la guerre, la camaraderie et l’amour interdit; se prêter à des arrangements sans fin; être atrocement artificiels, mais docilement mobiles; capables d’acquérir une troisième dimension grâce à de courageux déploiements de boniments, pour finir par tomber, entre ces actions héroïques, dans une douce platitude argentée et une somptueuse immuabilité. Ces soldats, ou les divers éléments des troupes de l’histoire, peuvent être retraités un par un ou dans le cadre d’une revue complète, en uniforme ou en civil, avec tous leurs membres intacts ou des jambes de bois. Les films avancent de leur propre volonté, et les soldats de plomb aussi.

2. Les acteurs

a) La physiognomonie et la phrénologie devraient jouer un rôle essentiel dans le choix des acteurs. Voilà bien trop longtemps que cette industrie ne se préoccupe plus des bosses du crâne.

b) Les acteurs doivent avoir des doigts expressifs, vrais ou artificiels, car ils constituent dix langues de plus, capables chacune d’exprimer une pensée ou un tressaillement. Le premier doigt ( la langue) devrait être beaucoup moins utilisé.

c) Les acteurs debout ne savent plus marcher. Les acteurs devraient tous marcher avec un but permanent et évident; et fourrer un peu de poésie dans leur démarche, par la même occasion.

d) Les acteurs couchés ou assis devraient s’asseoir et se coucher avec poésie. Les réalisateurs modernes accoutrent ces acteurs de prose depuis au moins cinquante ans. Comment font-ils? C’est un mystère, puisque les acteurs couchés ou assis évoquent tout sauf la prose – des rêves se tricotent dans leur tête; des métiers fabriquant énergiquement des tapisseries oniriques projettent des fils égarés dans les airs au-dessus de leur tête. Ces fils retombent par terre, au hasard, en dessins d’enfants ou en machinations d’adultes, primitifs fragments du désir sordide de réaliser un souhait. Il faudrait que l’air et le sol qui entourent ces acteurs soient semés de mystères, de fouillis, de débris, de lambeaux d’arômes, de meurtres à moitié commis et de petits napperons.

e) Par conséquent, l’acteur qui dort est le meilleur acteur (la représentation la plus vraie, au plan poétique et psychologique, de l’être humain) et on devrait l’utiliser aussi souvent que les acteurs assis, couchés, tombant, marchant, courant ou volant.

3. Les intrigues : les intrigues devraient être des intraveineuses d’opiacés, s’écoulant goutte à goutte et avec douceur d’une source opaque, pour se mêler aux battements d’une personne, qui dériverait à son tour de lieu en lieu. Ce n’est qu’alors que germera la vraie poésie, qu’elle fécondera, se flétrira, mourra, puis se réincarnera sur les rives et les champs de bataille de nos draps de lit.

4. Ne jamais empêcher une métamorphose ! Ce que vous photographiez est un bloc de glace qui voudrait revenir à son état liquide. Rappelez-vous que la caméra, si elle est mal accordée, refroidira encore davantage l’objet congelé, plutôt que de traquer sa dissolution extatique. La lumière, dans son état naturel mélancolique, s’allie très profondément à d’autres choses tristes: brumes, flaques d’eau, plantes empreintes du goût et de l’odeur des marais où on les a volées.

Tous ceux qui adhèrent à ce Manifeste peuvent venir au Salon XXI. L’entrée est gratuite, il n’y a pas de jury.

Tous ceux qui voudraient apporter leur appui à ce Manifeste et le faire connaître seront les bienvenus. C’est une petite bible en train de se faire à mon usage personnel. J’ai grand besoin de soutien.

Guy Maddin

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