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Abel

Alex van Warmerdam

11 juin 1997

1985 - Film en couleur de 100 minutes. VO hollandaise, sous-titres français.

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Abel est un jeune homme de 31 ans qui vit encore chez ses parents. Il a toujours refusé de sortir de chez lui et occupe son temps à saisir au vol les mouches avec sa paire de ciseaux.

 

A propos du filmLa presseL'univers de Alex Van WarmerdamPoint de vue sur Abel
Scènes de la vie d’une famille qui raffole de poisson cru, entre une mère protectrice, un père tyrannique, et un fils qui déjoue avec un malin plaisir toute tentative de lui faire changer de comportement et de quitter le nid familial.

Première: “*** Drôle de drame. Drôle, surtout.”

Le Nouvel Observateur: “C’est inclassable, jubilatoire et complètement frappadingue.”

Télérama: Un mot de travers, une gifle soudaine… Le rire surgit. Grinçant.

Les Inrockuptibles: Warmerdam pousse sa situation jusqu’aux limites du surréalisme et cela vaut quelques scènes particulièrement hilarantes.

Max: Froid comme un hareng baltique, cet univers entre Tati et Brecht, sorte de déconnade qui lorgne chez Buster Keaton et Lewis Carrol, est à ne pas rater.

CinéLibre: On tient ici le duo le plus absurde et drôle depuis Laurel et Hardy.

Technikart: Une plongée hilarante du côté d’un absurde qui fait la part belle au regard de l’enfant.

Têtu: Ce premier film, absurde, délirant et tendre, séduit surtout par sa force visuelle. Souvent drôle, parfois hilarant, ‘Abel’ mérite largement le détour.

Ciné-Live: Théâtral mais ironique, complètement à rebours de tout ce qui se fait et en conséquence diablement inventif, un film qui réveillera les blasés du quotidien.

La semaine/Fip: Alex van Warmerdam a une veine pour la subtile décoction du genre humain.

Mad Movies: Décalé, souvent drôle et mis en scène avec l’étrangeté qui s’impose, fort bien interprété, Abel doit être vu..

Best:Le tout donne un vaudeville éclaté et original régulé par une interprétation loufoque et irrésistible.

Nova Magazine: Ca s’appelle aussi un film d’auteur, au sens le plus passionnant du terme: celui d’une vraie découverte.

Paris Boum Boum: Ouvrez les vannes de votre imaginaire et laissez vous porter (doper?) par ce film de salubrité publique.

Le Canard Enchaîné: Comédie baroque, féroce et drôle sur l’incommunicabilité, l’innocence et le remords.

Le quotidien du médecin: Le regard d’Abel, avec ou sans jumelles, un regard de grand enfant qui ne voit que les couleurs bonbons et le loufoque de l’existence.

Il existe une vingtaine de versions du scénario de Abel, dont la première a été écrite en collaboration avec Frans Weisz, qui avait déjà porté à l’écran ‘Striptease’ et ‘Entree Brussels’, du Hauser Orkater, et ‘Graniet’, du Mexicaanse Hond. Mais cette version n’a pas été retenue. Van Warmerdam insiste sur l’aspect intuitif de son approche, hors expérience ou théorie cinématographique, et qui allait à l’encontre des buts poursuivis par Weisz: esthétique romantique et direction d’acteur traditionnelle.

La version définitive du storyboard, réalisée dans le moindre détail par Van Warmerdam, a vu le jour en collaboration avec le cinéaste tchèque Ottakar Votocek. En dépit de la longueur des dialogues – un film se doit avant tout d’être visuel, Van Warmerdam a ainsi maintenu la plupart de ses scènes incomparables.

L’un des principaux thèmes de l’oeuvre de Van Warmerdam est l’innocence, la candeur de l’enfant dans le monde des grandes personnes. Il semble vouloir élever la sagesse burlesque du fou au rang de principe suprême et met la connerie en scène pour mieux la révéler.

L’univers de Van Warmerdam a ses règles et sa réalité propres, les personnages s’adaptent aux lois édictées par lui, ou ils s’y opposent. Il fait référence à sa pièce ‘Saints Innocents’, pour laquelle il a volontairement puisé dans sa jeunesse. ‘Les odeurs, les couleurs et les événements du passé se révèlent très utiles à mon travail. Bien que mon enfance n’ait pas été malheureuse à proprement parler, je n’aimais pas l’état d’enfance tout bonnement parce que j’aspirais aux libertés de l’âge adulte. J’ai été heureux vers l’âge de 22 ans. Puis, chaque année qui passait me paraissait plus chouette’.

Van Warmerdam aime observer le monde comme s’il était le premier à le voir; ‘cela stimule mon imagination’. Il se déclare extraordinairement fasciné par ses trivialités – une pantoufle, un mégot de cigare, qui nous semblent aller d’elles-mêmes.

Parlant de son enfance, Van Warmerdam, se décrit comme un être mélancolique, ayant souffert de toujours ‘anticiper, dans le sens négatif du terme’. Après avoir voulu devenir missionnaire, cela n’a pas duré longtemps, puis fille ‘pour porter une jupe écossaise fermée par une grande épingle’, il a voulu devenir artiste peintre vers l’âge de 5 ou 6 ans. Après ses études à l’Académie Rietveld d’Amsterdam, il a effectivement exposé, mais il a rapidement mis ses talents au service de productions théâtrales. Ainsi, il a crée des décors et des affiches pour le Hauser Orkater, fondé au début des années 70 (ses deux frères, Vincent et Marc, ont également fait partie de la troupe). Son travail était émaillé de réminiscences de Picasso, de l’Expressionnisme, de Kirchner. Entretemps, il a totalement abandonné l’idée de devenir peintre, préférant se consacrer au cinéma et au théâtre.

Au fil des ans, son travail l’a mis en contact avec les auteurs les plus divers: Beckett, Kafka, Gombrowicz, Laurel et Hardy, les Monty Python et les Marx Brothers. ‘Quand j’écris un dialogue spontanément, c’est le ton de la querelle qui surgit le premier. Parfois, je dois vraiment me forcer pour en adopter un autre. Dans un dialogue, lorsque les gens se coupent la parole, se contredisent, cela permet de sauter du coq à l’âne. A partir de cette effervescence, on peut aller dans toutes les directions. Je peux ratiociner sur un mot pour la seule raison qu’il sonne faux.La mélodie dans une phrase, c’est important. Pour moi, écrire des dialogues revient à composer de la musique’.

‘Quand j’écris, j’ai constamment à l’esprit que le public pourrait penser que c’est du social, une peinture de moeurs, une satire. Cela ne m’intéresse pas. Mais cela m’ennuierait aussi que les gens trouvent mon travail superficiel. Je ne pense qu’en termes de ‘bon’ ou de ‘mauvais’. L’humour quand il est bon parle de lui-même; alors il dit tout de la vie et des gens.’

Traduit du néerlandais par isabelle longuet (HP du 17 mai 1986)

Ce qui fait ordinairement défaut aux films néerlandais, c’est la personnalité et l’originalité. Et ce qui frappe les étrangers, c’est leur manque d’identité. Dans Abel, on en apprend peu sur les Pays-Bas, mais seul un hollandais imbibé de calvinisme pouvait le réaliser.

Abel peut être qualifié de cas d’école en ce sens qu’il ne tient pas compte des lois cinématographiques; mais tous les prétendus éléments théâtraux qu’il utilise (dialogues approfondis, décor, jeu d’acteur in extenso, absence de close-up) sont très filmiques. Les erreurs de script (tableaux et sièges qui disparaissent puis réapparaissent…), qu’un producteur chevronné n’aurait pas manqué de relever, ne gênent à aucun moment. Cela est possible grâce à l’originalité du réalisateur qui a déjà montré qu’il pouvait transgresser bien des règles du théâtre et intégrer divers éléments de ce même théâtre à un nouveau contexte, ce qui sur le papier aurait produit un effet artificiel mais qui, dans la pratique, a donné un résultat rafraîchissant et authentique.

Depuis 1980, Van Warmerdam a tenté de transposer dans son cinéma sa manière de travailler au théâtre. Abel est bien sûr un film, ne serait-ce qu’à cause de la pellicule. Mais, à tout moment, on constate qu’il a été fait par des gens qui n’appartiennent pas au monde du cinéma, des gens qui refusent d’utiliser un dictionnaire du cinéma mais ont conscience de ce qu’un film peut délivrer et qui, sans conteste, aiment ce mode d’expression.

Abel n’en est pas pour autant un anti-film. Prenons pour seul exemple l’éclairage et la couleur. Au début, Van Warmerdam voulait réaliser un film entièrement en noir et blanc, ce que lui ont déconseillé ses producteurs. Il a alors volontairement réhausser les couleurs, ce qui était la façon le plus efficace pour lui d’obtenir un effet ‘ir-réaliste’ appuyé, sensible tout au long du film.

Irréaliste et absurde, stylisé, mais pas irréel. La réalité est dans les dialogues, qui contrastent avec l’environnement stylisé. Les textes des acteurs produisent certes un effet des plus comiques, mais ils n’ont rien d’étrange. Rien n’est dit de bizarre ou de compliqué. Comique et absurde proviennent toujours de la situation et du décor. Le décor tient à la fois du théâtre et du cinéma: les scènes se découpent dans des cadres bien définis et les personnages s’y déplacent comme ils le feraient au théâtre.

Abel n’est pas à proprement parler une histoire. On y trouve bien une certaine évolution, des actions s’y déroulent mais hors des schémas habituels du movie-drama et de sa fin bien ficelée. Abel met en scène des personnages en situation de confrontation.

En tout état de cause, à la fin du film, il s’est passé quelque chose dans la famille. Un incident? Abel est-il enfin devenu adulte? La question n’est pas de savoir de quoi traite le film. Il aborde un certain nombre de thèmes ayant a voir avec ce qui s’appelle la vie, mais qui ne constituent pas le noyau de ce drôle de film.

Abel n’est ni une tragédie, ni une comédie. Il ne provoque pas l’émotion au sens habituel du terme mais n’en comporte pas moins de nombreux moments émouvants et contient des scènes à la fois atroces et désopilantes. C’est un film mystérieux, aliénant, absurde, artificiel mais limpide. Tout semble marcher sur la tête mais s’emboîte parfaitement.

Traduit du néerlandais par isabelle longuet (De Volkskrant du 27 février 1986).